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Culture

Après seize ans d'absence

 

Stevie Wonder réapparaît à Bercy

 

« Je ne sais pas si je vous ai manqué, mais vous m'avez beaucoup manqué. » Stevie Wonder ne s'était pas produit à Paris depuis 1992, au Zénith. C'est un Palais omnisports de Bercy comble qui l'accueillait dimanche dernier, dans le cadre de sa tournée européenne. Sans album à promouvoir - le ­dernier en date, A Time 2 Love remonte à 2005 - Stevie Wonder est là pour le plaisir de jouer uniquement. En près de 2 h 30, le musicien a prouvé qu'il demeurait un des plus grands artistes de notre temps. La musique, et elle uniquement, était ce soir-là au centre d'une performance époustouflante et à haute teneur émotionnelle. Accompagnée par sa fille Aïsha, la superstar fit son entrée sur scène accueillie par une standing ­ovation. Entouré d'un orchestre de 14 musiciens (cuivres, percussions, guitares, claviers, choristes), il commença le concert debout, à l'harmonica. Sans décor, ni projection, ni effets spéciaux, avec un son excellent, le premier miracle Wonder est de rendre Bercy aussi intimiste qu'un club de jazz. Quand tant d'autres se croient obligés de faire de la surenchère à tout prix, voilà un type qui fait confiance à son répertoire et à son groupe pour faire passer une bonne soirée au public. Sous contrat avec la maison de disques Motown depuis l'âge de 11 ans, le chanteur et multi-instrumentiste a gagné ses galons de maître de la musique noire américaine en une poignée d'albums stupéfiants, publiés entre 1972 et 1980. C'est logiquement dans ce corpus de chansons que le concert puise, ignorant presque complètement les dernières et décevantes productions du bonhomme. Même si sa silhouette s'est épaissie avec les années, la voix - une des plus célèbres du monde - est intacte, virtuose sans jamais tomber dans la démonstration. Aussi à l'aise dans le funk le plus débridé que dans la ballade sentimentale, passant du piano à queue au Clavinet, Stevie Wonder semble prendre un plaisir immense à dérouler des mélodies pour lesquelles bon nombre d'aspirants artistes de R & B se damneraient. Les quelques sucreries exécutées en milieu de soirée (Part-Time Lover ou Overjoyed) rappellent que l'inspiration a déserté le compositeur à la trentaine, au milieu des années 1980. Mais lorsqu'il revisite ses grands disques de la décennie précédente (Innervisions, Talking Book, Songs in the Key of Life), la prestation touche au sublime. Ultracompétents sans jamais être tapageurs, les musiciens restituent à merveille des arrangements d'une complexité et d'une modernité époustouflantes. Sir Duke, I Wish, Isn't She Lovely, You Are the Sunshine of My Life et une dantesque version de Superstition transforment le Palais omnisports en fournaise. Mais le plus beau moment de ce concert reste l'interprétation de Free, que Stevie Wonder n'avait pas chanté depuis 1988, et à l'issue de laquelle il s'effondra sur son piano, en larmes. Quelques minutes auparavant, le chanteur avait évoqué sa mère disparue, se remémorant sa première venue parisienne, à l'Olympia, en 1963, au cours de laquelle elle l'accompagna. « Merci pour ton soutien, maman », déclara-t-il alors. À 58 ans, Stevie Wonder a conservé une fraîcheur de gamin.

 

Source : LE FIGARO

 

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Général Ibrahim Coulibaly IB
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