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Culture Chike E. Nwoffiah, producteur et directeur de Rhesus Media Group en Californie, USA « Les affrontements entre chrétiens et musulmans au Nigeria, une honte »
Mister Chike, vous êtes cette année en compétition catégorie film documentaire au Fespaco avec Sabar, votre film. Tout s’est-il passé comme vous voulez ? Venir au Fespaco au Burkina Faso, c’est – pour moi – venir à la maison. Je suis très heureux. C’est sympa de voir mes frères et sœurs, venus de partout dans le monde, you know ! Tout le monde porte un intérêt à voir les films. Ça été merveilleux (Ndlr, nous sommes le vendredi 6 mars 2006) et j’ai passé du bon temps. Vous êtes natif du Nigeria mais résident en Californie. Quelle est votre activité ? Bien, je vis en Californie et je suis né au Nigeria. Après avoir obtenu mon bac au Nigeria, je suis allé aux Etats-Unis pour y faire une maîtrise. J’y suis depuis – presque – 29 ans actuellement. Je suis réalisateur et professionnel dans le domaine depuis 15 ans. J’ai réalisé des films sur divers sujets qui traitent – principalement – de l’identité noire ; de qui nous sommes étant noir. SABAR est le premier film que j’ai écrit. D’un point de vue, SABAR est un film documentaire. Mais, c’est après deux années de recherches qu’un ami a trouvé qu’il y a suffisamment d’histoires au sujet de la danse et que nous pouvons mettre en évidence, à travers un film. C’est pourquoi nous avons opté en focalisant les idées sur cette réalisation documentaire. Pourquoi le choix s’est-il spécialisation porté sur le SABAR, un instrument de musique sénégalais ? Oui, SABAR est propre au Sénégal et fait appel au tam-tam. Aux Etats-Unis, il y a un vaste mouvement sur la danse africaine. Elle est pratiquée spécialement en Californie, à New York, à Washington, dans le centre des Etats-Unis, par les Africains-américains, les blancs, des peuples de différentes couleurs sociales. Le premier jour j’ai vu en Californie les gens danser au son du SABAR, j’étais éblouit. J’ai aimé car c’est une belle danse. Le son du SABAR m’a captivé. Alors quand j’ai orienté mes recherches sur le thème de la réalisation du film, j’ai choisit le SABAR. La question n’est pas de savoir que je viens du Nigeria donc je dois faire un film sur une telle danse au Nigeria. Non. C’est une danse dont je suis tombé amoureux. Je ne sais pas danser au son du SABAR mais, j’adore et je peux l’écouter pendant un long moment. Pour moi, c’est naturel. C’est ce que je voulais faire, je l’ai réalisé. Lors du casting avez-vous porté votre choix sur les danseurs originaires du Sénégal ? Oh oui ! Naturellement. Dans le film, il est dit qu’avant que je ne le réalise, j’ai rencontré les aînés dans la communauté sénégalaise aux Etats-Unis. Je me suis entretenu avec le Docteur Zacharie Diop qui est la première personne que j’ai approchée. Je lui ai expliqué ce que j’envisageais faire. Alors que j’attendais qu’il donne son accord, il s’est exclamé « Wahoo ! ». « Nous t’apportons notre soutien Chike ». C’est lui qui a passé le mot, informant que Chike projette de réaliser un film et donc « nous nous devons de l’encourager ». Donc, dans ce film, ont participé Alassane Kane – incroyable chorégraphe – qui forme l’ossature du film ; Cheick Mbaye – un des maîtres percussionnistes du Sabar ; Babacar Mbaye, danseur dans le film ; Mariam Faye ; Dame Gueye. Voyez-vous, je suis allé vers tous ces gens pour les avoir dans le film. C’était une belle expérience de travailler avec les frères et sœurs du Sénégal ; de même que ceux des Etats-Unis. SABAR est votre premier film documentaire. Qu’est-ce qui vous amène à la réalisation et quel message de vous voulez-vous laisser au monde ? Pour moi, étant réalisateur et Africain, nous devons – je pense personnellement – en nous servant d’un pan de notre histoire et avec la camera, raconter l’histoire des Africains-américains. Depuis longtemps, l’Afrique a manqué les rendez-vous hors du continent. Les discours historiques ont laissé des appréhensions sur le peuple africain. Les films tels Tarzan et toutes les conneries que les blancs venaient faire en Afrique pour montrer l’Afrique et les Africains dans la détresse – des peuples qui vivaient dans les arbres – nous, réalisateurs africains, devons donner une image appropriée. Nous devons écrire de vraies histoires. Nous devons positionner l’Afrique au même titre que sa culture et sa civilisation. Nous avons la meilleure civilisation. Sincèrement, ma mission dans la vie, film ou pas – mais remercions déjà Dieu de nous permettre de s’exprimer par le film – c’est donner de la voix, projeter dans le monde la vraie image de l’Afrique, de son peuple et de son modèle de vie. Pensez-vous que les Africains – dans leur généralité – font assez pour promouvoir les films africains qui nécessitent de bons acteurs afin de donner une image de l’Afrique avec des lunettes africaines ? Evidemment. Une chose est de faire un bon film, et l’autre est de trouver de bons acteurs. Voyez-vous, nous Africains sommes un peuple créatif, artistique. Nous avons un riche patrimoine laissé en héritage. Depuis notre naissance, nos mères nous chantent des berceuses. Nous avons grandi dans l’art. C’est naturel pour nous. Nous avons les meilleurs acteurs du monde ici en Afrique. Nous devons leur donner juste des opportunités et la chance. A ce prix, nous pourrons les présenter sur des grands ou petits écrans. Nous devons venir en aide aux acteurs africains et réalisateurs et travailler en synergie. Le Fespaco est à sa 21è édition. Des ratés ont été constatés. Est-ce une bonne une image pour l’Afrique pour un festival qui se veut international ? Parlant de l’organisation, il y a des ratés qui peuvent subvenir. Mais, je pense que le Fespaco qui a atteint actuellement 40 ans et qui est à sa 21è édition, l’organisation aurait dû avoir un meilleur niveau. Car ceux comme moi qui venons des Etats-Unis aimerions avoir des informations sur tels ou tels autres choses, avoir des badges, des laissez-passer, etc. Les gens se plaignent de tous ces aspects ! D’autres parts, pour les films, il y a des problèmes de projections, de son…Je pense que ce type de problème doit être réglé. Malgré tout, c’est un beau festival. Nous faisons des rencontres. Au niveau du comité d’organisation, l’organisation devrait être meilleure. Avec l’assurance que tout est à la place indiquée. Car il n’y a pas de raisons que le comité d’organisation ne prenne pas en charge quelqu’un qui vient des Etats-Unis. Certains que je connais et qui apportent leur appui au Fespaco s’occupent, par exemple, de ceux qui viennent des Etats-Unis. Il y a un besoin d’amélioration. Vous qui êtes natif du Nigeria, il y a une guerre religieuse qui oppose chrétiens et musulmans dans le nord. Quelle image pour le pays à l’extérieur ? La bataille entre musulmans et chrétiens au Nigeria est une honte. Ça fait pitié. En tant que réalisateur et producteur de films, nous envisageons montrer une image valorisante. C’est une honte parce que c’est de l’ignorance. Les populations ont besoin de comprendre que nous sommes tous des frères. Il n’y a pas de raisons parce qu’on est musulman ou chrétien de s’entretuer. Pourquoi ? Le Coran prêche la paix. La Bible aussi. Pourquoi si vous croyez à ce qui est dit dans la Bible ou le Coran vous battez-vous ? C’est insensé ! Je pense que c’est de l’ignorance. Ceux qui sont les guides religieux doivent se donner la main et montrer l’exemple. Celui de la fraternité. Ils doivent commencer par là. Les imams, les prêtes, les révérends doivent commencer par montrer le chemin. Ce n’est pas raisonnable que, dans le nord du Nigeria, les responsables d’églises et des mosquées ne donnent pas l’assurance d’un peuple unifié. Si cela est fait sur une période de six mois, le peuple arrêtera de se battre. Quand vos responsables se donnent la main, il n’y pas de raison que vous vous battez ! Cela ne coûte rien vois-tu ! Ce n’est pas au gouvernement de l’entreprendre. L’église doit tirer un trait, les musulmans doivent être d’accord. Envisagez-vous réaliser un film sur les réalités du Nigeria ? Naturellement ! Même si l’histoire du Sabar parle de danse, nous avons écrit des histoires sur d’autres incidents qui ont eu lieu. Sans entrer dans le fond, ce sont des références sur ce qui s’est passé d’où on vient, au Nigeria. Pouvez-vous dire ce sur quoi vous travaillez actuellement ? J’ai un film qui porte sur le développement que je nomme « le changement ». Avec des séquences en Afrique de l’ouest – ça peut être au Burkina Faso, au Nigeria, en Côte d’Ivoire –, je ne sais pas ! En Californie. C’est l’histoire d’un jeune africaine venu aux Etats-Unis faire la musique. Il voulait faire fortune. Sa vie s’est écroulée. Le thème est développé dans la seconde partie du script. Il y a toujours une part réservée à la musique. Jouez-vous d’un instrument ? Je joue au Djembé, j’adore.
K. Saydoo
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