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Politique

Côte d’Ivoire : Quand la grande muette s’invite au débat

 Attention danger !

 

Le conseil de sécurité de l’Onu a exprimé, il y a quelques semaines, son impatience face au retard que prend le processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire. Pour lui, un chronogramme clair et une nouvelle date pour l’élection présidentielle doivent être arrêtés. Cette menace voilée du conseil de sécurité a provoqué une réunion express du cadre de concertation permanent qui comprend les principaux signataires des accords de Ouagadougou et les principaux partis du terrain politiques ivoiriens. De cette rencontre de Ouaga, le report de l’élection présidentielle a été officialisé même si la date reste encore à déterminer. Saisissant l’impatience du conseil de sécurité au rebond, le médiateur de la crise ivoirienne, Blaise Compaoré, a indiqué qu’un certain nombre de contraintes les contraignant à la marche du caméléon sera soumis à l’Onu. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que la contrainte majeure reste l’argent. L’argent pas pour financer les élections mais pour honorer les promesses faites par chaque camp à ses soldats. Car de ce côté, la menace de tout foutre en l’air est plus présente que l’incapacité des acteurs à trouver une date. Rien qu’au niveau des soldats dits loyalistes (restés fidèles au président Gbagbo), les arriérées de prime avoisinent trente milliards de franc cfa. Et révolte est étouffée dans l’œuf par de nouvelles promesses qui ne font que grossir ce chiffre. Mais cela n’empêche pas quelques soubresauts qui viennent chaque fois rappeler à tous qu’un danger plane sur le processus de sortie de crise. Les 104 soldats dont le procès se fait actuellement à Abidjan pour avoir revendiqué leurs hauts-les-cœurs ne sont que la partie visible de l’iceberg. Aujourd’hui, ils sont relayés par ceux du commandement intégré (comprenant soldats loyalistes et rebelles). Le danger est bien perceptible même si les autorités militaires ivoiriennes donnent l’impression de maîtriser la situation. Du côté de la rébellion, la menace d’une nouvelle rébellion est réelle et elle portera également la griffe du paiement des primes de guerre et de démobilisation. Le premier ministre Guillaume Soro et sa hiérarchie militaire ont le sommeil assez léger à cause des fréquents bruits de bottes dans leurs casernes. Bouaké, Séguéla et Vavoua sont l’indicateur du grand malaise des primes. On ne sait pas à combien sont estimées ces arriérées en zone rebelle. Mais point besoin d’être divin pour savoir que les soubresauts sont le fait de l’argent.

Dans un camp comme dans l’autre, tous comptent sur la manne financière extérieure pour aider à la résolution de ce problème qui est primordial que les nombreuses réunions théoriques qui se tiennent dans les salons feutrés. C’est cette préoccupation d’ailleurs que le médiateur transmettra au conseil de sécurité. Reste à savoir maintenant si l’Onu s’engagera à financer des promesses de guerre qui sont loin de cadrer avec ses objectifs. Si ce n’est pas le cas, le danger d’un revirement de situation n’est pas loin. Car les risques que les militaires d’un camp comme de l’autre sabotent le processus de paix sont bien réels.

 

Marie-Laure Koutouan
Le Latéral info, Abidjan
malauko@lateralinfo.net
 

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