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Politique
Afrique-Europe Avec la crise financière actuelle, les tuteurs européens de certains Etats africains n’ont ni la force ni les moyens de faire face à la fronde de certains chefs d’Etat épris d’une indépendance totale. On assiste actuellement à un nivellement dans les rapports entre les anciennes colonies et leurs métropoles.
Mais
que pèsent-ils réellement face à la jeune génération qui ne veut plus du
poisson gratuit européen mais veut plutôt apprendre à pêcher? La guerre en
Côte d’Ivoire est purement et simplement une des résultantes de cette remise
en cause de l’ordre ancien. Ce qui ne remet nullement en cause, peut-être,
l’impopularité de Laurent Gbagbo dans son pays. Mais il a eu le mérite de
vouloir redéfinir le partenariat entre la France et son pays pour en faire un
partenariat gagnant-gagnant. Quel Etat européen acceptera que les secteurs
clés de son économie (transport public, électricité, eau et même les terres
dans certains cas) soient aux mains des étrangers au nom d’une certaine
colonisation et qu’il n’en reçoive que du menu fretin comme marge bénéficiaire
alors que chaque jour ses populations sont exhibées croulant sous le poids de
la pauvreté? C’est certainement cette réflexion qui a guidé le chef d’Etat
ivoirien à vouloir casser le monopole de la CIE (compagnie ivoirienne
d’électricité) et de la Sodeci (Société de distribution d’eau en Côte
d’Ivoire) qui appartiennent à Martin Bouygues, l’un des actuels parrains de
Nicolas Sarkosy. Egalement à revoir la main mise de Vincent Bolloré sur le
Port d’Abidjan. Même s’il est revenu sur ses décisions grâce à la pression
faite par la France par le biais de la rébellion. Il n’a cependant pas
abandonné son idée de se soustraire ces contraintes coloniales qui
compromettent l’avenir de son peuple. Le bras de fer continue toujours.
D’autant plus que le président ivoirien, pour ne pas toucher aux intérêts de
Bolloré, a trouvé un site pour une extension du port d’Abidjan qui sera la
propriété du groupe danois, Maersk Sealand, la plus grande compagnie de
transit au monde et plus réputée que Bolloré. Au niveau sécuritaire, le
président ivoirien a souhaité et obtenu une révision des accords militaires
entre la France et son pays. Ses accords viennent d’être matérialisés par une
diminution des troupes françaises stationnées dans son pays et la fermeture
progressive du 43e Bima. En la matière, Laurent Gbagbo privilégie
une coopération sud-sud. Il signera un accord de défense avec son homologue
angolais, Edouardo Santos. Même si la mise de la Côte d’Ivoire sous
protectorat angolais met à nu l’intention du président ivoirien de ne pas
lâcher le pouvoir aussi facilement, elle démontre néanmoins qu’une page de
l’histoire franco-ivoirienne est en train d’être tournée. Récemment encore, le
président ivoirien est revenu sur sa volonté de prendre son envol économique.
Surtout que s’offrent à lui des partenaires chinois qui ont le respect de la
différence.
«Les Chinois sont ceux avec qui nous coopérons sans que nous ayons des
exigences politiques. Aujourd’hui, dans les journaux du monde entier, les gens
disent que la Chine va à l’assaut de l’Afrique. Mais, je dis que c’est
l’Afrique qui attend les Chinois. Ce sont les Africains qui attendent les
Chinois. Parce qu’avec eux, nous n’avons pas les conditionnalités que nous
rencontrons ailleurs. Dans un tout autre décor, le président zimbabwéen, Robert Mugabe, est l’un des pionniers de cette nouvelle recherche d’indépendance totale. Même si la réflexion semble avoir été mal menée de ce côté, l’objectif reste le même. Donner aux Etats africains une plus grande indépendance financière et non en faire le champ de prédilection des multinationales qui ne sont, en réalité que les bras séculiers des puissances coloniales. Et qui n’apportent véritablement pas de solution au défi du développement que doivent relever les peuples africains. Les belges et le Congo
Non loin de lui, son voisin rwandais, Paul Kagame, est engagé dans une guerre aux contours judiciaires avec la France sur le dossier du génocide rwandais. Le président rwandais n’a pas voulu se laisser prendre au piège des poursuites consécutives au génocide rwandais. Ce qui aurait été un moyen de pression des puissances occidentales sur son pouvoir. A l’ouverture par Paris d’une enquête pour situer les responsabilités dans l’assassinat de l’ancien président Juvénal Habyarimana, Kigali a répondu par l’ouverture également d’une enquête pour situer les responsabilités françaises dans cette tragédie. Mieux, Paul Kagame a rompu ses relations diplomatiques avec la France et a retiré son pays de la francophonie pour se tourner vers le Commonwealth. Récemment face à la pression judiciaire dont est l’objet son chef de protocole Rose Kabuye, le président rwandais a indiqué qu’il se gardait le droit d’une riposte judiciaire au moment venu. Il l’a clairement exprimé dans les colonnes de « Jeune Afrique » et à l’ancien ministre français Alain Madelin à charge pour lui de faire remonter l’information au président Nicolas Sarkosy. Récemment en visite dans la région des grands lacs, le président français a préféré observer la loi de l’omerta sur le dossier rwandais. Surtout que l’une des étapes de cette visite se déroulait en Rdc de Joseph Kabila qui a reçu le coup de pousse de Kagame pour se débarrasser de Laurent Nkunda. Ces quelques exemples ne suffisent certainement pas pour faire une extrapolation à l’ensemble des Etats dont la pauvreté n’a d’autre nom que la soumission de leurs économies aux puissances occidentales, mais ils démontrent la volonté des Etats africains d’engager avec l’Europe une nouvelle lutte. Celle de la vraie indépendance. Cette indépendance économique qui leur permettrait de tracer sereinement les grandes lignes du chemin du développement qui sied à leurs populations. Certainement que l’effondrement actuel du système financier européen précipitera cette indépendance.
Anne-Marie Ncho
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