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Politique

Afrique-Europe
Sur le chemin de la vraie indépendance ?

Avec la crise financière actuelle, les tuteurs européens de certains Etats africains n’ont ni la force ni les moyens de faire face à la fronde de certains chefs d’Etat épris d’une indépendance totale. On assiste actuellement à un nivellement dans les rapports entre les anciennes colonies et leurs métropoles.

 

Le président français a exprimé lors de son discours de Dakar le 26 juillet 2007 vouloir un nouvel ordre dans les relations entre la France et ses anciennes colonies. Pouvait-il en être autrement face à la grande diversité des partenaires qui s’offrent à l’Afrique ? Pouvait-il en être autrement face à une nouvelle génération de chefs d’Etat africains épris d’une certaine indépendance économique ? Etant bien entendu convaincus que c’est là que réside la vraie indépendance. En prononçant le discours de Dakar, « le mister grande gueule » de la France ne faisait qu’enfoncer une porte déjà ouverte. Car l’Afrique elle-même semble fatiguée de tendre la main à des nations dont les économies ne dépendent que de ses ressources naturelles. Bien sûr qu’il existe encore en Afrique des chefs d’Etat garants de la politique française dans le pré carré français. Le président gabonais, Omar Bongo Ondimba ou encore celui du Burkina Faso, Blaise Compaoré.

Mais que pèsent-ils réellement face à la jeune génération qui ne veut plus du poisson gratuit européen mais veut plutôt apprendre à pêcher? La guerre en Côte d’Ivoire est purement et simplement une des résultantes de cette remise en cause de l’ordre ancien. Ce qui ne remet nullement en cause, peut-être, l’impopularité de Laurent Gbagbo dans son pays. Mais il a eu le mérite de vouloir redéfinir le partenariat entre la France et son pays pour en faire un partenariat gagnant-gagnant. Quel Etat européen acceptera que les secteurs clés de son économie (transport public, électricité, eau et même les terres dans certains cas) soient aux mains des étrangers au nom d’une certaine colonisation et qu’il n’en reçoive que du menu fretin comme marge bénéficiaire alors que chaque jour ses populations sont exhibées croulant sous le poids de la pauvreté? C’est certainement cette réflexion qui a guidé le chef d’Etat ivoirien à vouloir casser le monopole de la CIE (compagnie ivoirienne d’électricité) et de la Sodeci (Société de distribution d’eau en Côte d’Ivoire) qui appartiennent à Martin Bouygues, l’un des actuels parrains de Nicolas Sarkosy. Egalement à revoir la main mise de Vincent Bolloré sur le Port d’Abidjan. Même s’il est revenu sur ses décisions grâce à la pression faite par la France par le biais de la rébellion. Il n’a cependant pas abandonné son idée de se soustraire ces contraintes coloniales qui compromettent l’avenir de son peuple. Le bras de fer continue toujours. D’autant plus que le président ivoirien, pour ne pas toucher aux intérêts de Bolloré, a trouvé un site pour une extension du port d’Abidjan qui sera la propriété du groupe danois, Maersk Sealand, la plus grande compagnie de transit au monde et plus réputée que Bolloré. Au niveau sécuritaire, le président ivoirien a souhaité et obtenu une révision des accords militaires entre la France et son pays. Ses accords viennent d’être matérialisés par une diminution des troupes françaises stationnées dans son pays et la fermeture progressive du 43e Bima. En la matière, Laurent Gbagbo privilégie une coopération sud-sud. Il signera un accord de défense avec son homologue angolais, Edouardo Santos. Même si la mise de la Côte d’Ivoire sous protectorat angolais met à nu l’intention du président ivoirien de ne pas lâcher le pouvoir aussi facilement, elle démontre néanmoins qu’une page de l’histoire franco-ivoirienne est en train d’être tournée. Récemment encore, le président ivoirien est revenu sur sa volonté de prendre son envol économique. Surtout que s’offrent à lui des partenaires chinois qui ont le respect de la différence. «Les Chinois sont ceux avec qui nous coopérons sans que nous ayons des exigences politiques. Aujourd’hui, dans les journaux du monde entier, les gens disent que la Chine va à l’assaut de l’Afrique. Mais, je dis que c’est l’Afrique qui attend les Chinois. Ce sont les Africains qui attendent les Chinois. Parce qu’avec eux, nous n’avons pas les conditionnalités que nous rencontrons ailleurs.

En effet, l’on ne nous demande pas par exemple, combien de prisonniers nous avons. Monsieur l’ambassadeur de Chine, je vous remercie et je remercie votre pays pour cela. Parce qu’avec vous, les Africains ne se sentent pas humiliés. Les « Malinké » disent que la mort vaut mieux que la honte, l’humiliation. Quand nous, Africains, nous allons négocier des projets et qu’en face, l’on nous pose des milliers et des milliers de conditions, ceux qui sont en face ne savent pas qu’ils nous humilient. C’est une situation qui exaspère certains d’entre nous... Quand un homme sait qu’il ne peut être humilié, il est soulagé, plus que tous les milliards qu’on pourra lui donner…Les Africains se rendent nombreux en Asie et particulièrement en Chine, parce que là-bas, ils ne se sentent pas humiliés…Je voulais traduire le point de vue d’un chef d’Etat qui a écouté les autres et notamment tous ceux qui sont plus anciens que lui ; qui a entendu certains gémir, pour ce qu’ils considèrent comme des actes d’humiliation. Si l’on ne nous humilie pas, nous allons coopérer tranquillement. Mais, si on nous humilie, nous allons aller vers ceux qui ne le font pas et qui nous respectent.
Monsieur l’ambassadeur, que votre pays continue de travailler avec nous, comme il le fait actuellement. C’est-à-dire sur la base du respect réciproque et vous serez encore plus grand en Afrique que vous ne l’êtes actuellement.
Je vous ai dit la dernière fois, que je me réjouis, qu’en Chine même, l’atmosphère était à la détente. Parce qu’à un moment donné, les gens ont fait comme s’ils venaient de découvrir le Tibet. Parce qu’il y avait les Jeux olympiques à Pékin. Le Tibet existe en Chine depuis toujours. Nous l’avons appris quand nous étions encore à l’école. Maintenant que les Jeux olympiques sont achevés, on a le sentiment que le Tibet n’existe plus. Mais, ce sont les Chinois, eux-mêmes qui règlent leurs problèmes. Ils continuent de les régler et ils le feront encore demain. Donc, la diplomatie de provocation et d’humiliation n’est pas bonne. Aujourd’hui, je me réjouis du fait que les dirigeants de Taïwan cherchent à négocier. Ils sont plus proches de la négociation que ceux qui étaient là, hier…
Je me réjouis aussi du fait que nous ayons aux Etats-Unis, un nouveau chef d’Etat, non pas parce qu’il est Noir, même si c’est une révolution en soi, mais, qui a l’air de mieux discuter que ceux qui étaient là avant. Cela est une bonne chose.
Il faut que les gens se parlent. Il faut qu’ils discutent, qu’ils négocient. On doit pouvoir discuter et négocier en toutes circonstances. J’ai bon espoir que nous rentrons dans une période plus détendue. J’ai été particulièrement sensible au discours du président Obama sur le monde entier, par rapport à la Chine. Son ministre des Affaires étrangères a fait son premier voyage en Asie, et particulièrement en Chine. Je considère cela comme un bon signe. Parce qu’en diplomatie, ce sont les signes qui comptent.
Je me réjouis aussi de l’attitude du président américain par rapport à l’Iran. A quoi cela sert-il de vouloir faire une guerre contre l’Iran ? Pourquoi débarquer chez des gens qui possèdent déjà l’instrument nucléaire ? Tous les problèmes ne se règlent pas par la force ! Ce qui fait qu’un homme a peur d’un autre homme, c’est la mort. Mais, si quelqu’un n’a pas peur de la mort, on ne peut rien lui faire !
Je crois que beaucoup de dirigeants de pays puissants n’ont pas encore compris cette dimension psychologique des peuples du tiers-monde. Qu’est-ce que vous pouvez faire d’un peuple qui n’a pas peur de la mort ?

Dans un tout autre décor, le président zimbabwéen, Robert Mugabe, est  l’un des pionniers de cette nouvelle recherche d’indépendance totale. Même si la réflexion semble avoir été mal menée de ce côté, l’objectif reste le même. Donner aux Etats africains une plus grande indépendance financière et non en faire le champ de prédilection des multinationales qui ne sont, en réalité que les bras séculiers des puissances coloniales. Et qui n’apportent véritablement pas de solution au défi du développement que doivent relever les peuples africains.

Les belges et le Congo

Le jeune président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, ne croyait pas si bien dire en rappelant au ministre belge des affaires étrangères, Karel De Gucht, que le temps du maître et de l’esclave était révolu. Le président congolais n’a pas accepté la leçon à lui faite par ce ministre belge sur sa gestion du pays. Une irrévérence qu’il ne saurait faire au roi Albert. La réaction énergique de Kabila fils a provoqué un séisme dans les salons politiques belges. Vu que le géant congolais est la vache à lait de l’agneau belge. Anvers, deuxième capitale belge, n’est-elle pas la place tournante du diamant congolais ? Pour corriger cette erreur qui a provoqué une brève rupture diplomatique, on lui offrira sur un plateau d’or son rival Jean-Pierre Bemba, arrêté à Bruxelles et transféré au tribunal pénal international sur la farfelue raison de son implication dans les crimes de guerre en Centrafrique. Cette offrande appuyée d’une diplomatie souterraine n’a pas fait fléchir le pouvoir congolais. Pour jouer avec ses nerfs, on met face à lui une rébellion dirigée par Laurent Nkunda. Mais la catastrophe humanitaire et l’impact médiatique néfaste de cette autre guerre congolaise ont eu raison de ses commanditaires qui l’ont éteinte rapidement en mettant hors d’état de nuire le pseudo envoyé de Dieu, Laurent Nkunda. A la vérité la trop grande indépendance du jeune président face aux nombreux partenaires qui se bousculent devant sa porte fait peur aux belges qui craignent de perdre le jardin du roi Beaudoin qu’ils croient avoir reçu en héritage. Fort heureusement que le président congolais n’a pas fléchi. Mieux, il a rappelé aux belges que la Rdc est engagée sur le chemin de l’indépendance vraie. Où les partenariats se font dans le respect et non l’irrévérence comme du temps du maître et de l’esclave.

Non loin de lui, son voisin rwandais, Paul Kagame, est engagé dans une guerre aux contours judiciaires avec la France sur le dossier du génocide rwandais.  Le président rwandais n’a pas voulu se laisser prendre au piège des poursuites consécutives au génocide rwandais. Ce qui aurait été un moyen de pression des puissances occidentales sur son pouvoir. A l’ouverture par Paris d’une enquête pour situer les responsabilités dans l’assassinat de l’ancien président Juvénal Habyarimana, Kigali a répondu par l’ouverture également d’une enquête pour situer les responsabilités françaises dans cette tragédie. Mieux, Paul Kagame a rompu ses relations diplomatiques avec la France et a retiré son pays de la francophonie pour se tourner vers le Commonwealth. Récemment face à la pression judiciaire dont est l’objet son chef de protocole Rose Kabuye, le président rwandais a indiqué qu’il se gardait le droit d’une riposte judiciaire au moment venu. Il l’a clairement exprimé dans les colonnes de « Jeune Afrique » et à l’ancien ministre français Alain Madelin à charge pour lui de faire remonter l’information au président Nicolas Sarkosy. Récemment en visite dans la région des grands lacs, le président français a préféré observer la loi de l’omerta sur le dossier rwandais. Surtout que l’une des étapes de cette visite se déroulait en Rdc de Joseph Kabila qui a reçu le coup de pousse de Kagame pour se débarrasser de Laurent Nkunda.

Ces quelques exemples ne suffisent certainement pas pour faire une extrapolation à l’ensemble des Etats dont la pauvreté n’a d’autre nom que la soumission de leurs économies aux puissances occidentales, mais ils démontrent la volonté des Etats africains d’engager avec l’Europe une nouvelle lutte. Celle de la vraie indépendance. Cette indépendance économique qui leur permettrait de tracer sereinement les grandes lignes du chemin du développement qui sied à leurs populations. Certainement que l’effondrement actuel du système financier européen précipitera cette indépendance.

 

Anne-Marie Ncho
Le Latéral info, Bruxelles
annemarie_ncho@lateralinfo.net

 

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