|
|
|
Editeur Responsable
Pour recevoir notre Hebdomadaire |
Politique
INTERVIEW DE M.GOHI DRIGONE FAYA
Figure emblématique de la
fédération estudiantine, la Fesci. Compagnon de Guillaume Soro et de Blé
Goudé, Drigoné Bi Faustin alias Faya, vit aujourd’hui loin du vacarme
politique de son pays, la Côte d’Ivoire. Mais il garde toujours l’oreille et
l’œil sur ce qui s’y passe. Dans cet entretien, fait un large tour d’horizon
sur la situation ivoirien et situe sur les rapports qu’il a avec ses anciens
camarades de la Fesci.
Comment se porte Gohi Drigoné alias Faya ? Je me porte très bien et à preuve j’effectue là un voyage privé. Je vous ai donné un rendez-vous à l’aéroport vu que je n’avais pas assez de temps pour répondre à votre invitation. Etant donné que ce voyage pourrait me prendre plus ou moins deux mois, il était préférable qu’on se rencontre maintenant. On vous a annoncé comme rentrant définitivement au pays après le décès de votre père. Qu’en est-il réellement ? Avant de répondre à votre question, je voudrais rendre un hommage à mon père qui m’a donné la vie. C'était un homme formidable, qui m’a donné une éducation de fer et c’est cette éducation que je suis toujours à travers tout ce que j'entreprends. Le Seigneur l’a rappelé à lui le 12 mars 2009 à 2heure du matin et cette date restera importante pour moi comme le jour de ma naissance. L’enterrement a eu lieu le samedi 4 avril à 16 heures à Logoualé petite sous-préfecture qu'il a aimé parce que les gens de cette ville l'ont adopté. Les funérailles, pour les informations qui me sont parvenues, ont refusé du monde. J'en suis fier car je me rends compte qu'il n’a pas vécu inutilement. Que la terre lui soit légère et qu'il repose en paix. Je profite de l'occasion pour remercier tous ceux qui ont effectué le déplacement pour ses funérailles. Je remercie également tous mes amis de Bruxelles, de Liège et de Zaventem. En effet j'avais prévu rentrer pour l'enterrement de mon père. Mais certaines conditions m'ont empêché de le faire. Mais au moment venu j'organiserais des funérailles pour lui rendre hommage à ma façon. C’est possible en Afrique. Ce qui n’enlève rien à la valeur de ce qui a été fait le 4 avril 2009 par mes parents et les amis de la famille. Je félicite d’ailleurs toute la grande famille DRIGONE. Après avoir longtemps été au devant de la scène politique avec la fesci, aujourd’hui, vous vivez dans un mutisme total. N’est-ce pas assez difficile pour vous? Surtout que vos anciens camarades de lutte tirent largement profit de la situation de crise que traverse la Côte d’Ivoire.
Avez-vous déjà été contacté par certains d’entre eux ? Je n’ai pas été contacté par certains d’entre eux. Et je ne voudrais pas m’inviter à une soupe dont les ingrédients proviennent de la souffrance des populations. Souvent j’ai vent de certaines informations en provenances d’eux par l’intermédiaires d’amis communs mais pas plus. Mais même si contact il y avait, j’aurais souhaité qu’il reste superficiel. Car je veux vivre en toute liberté. Sans la crainte du lendemain. Or mes camarades d’hier sont dans des compromis et des compromissions qui les rendent infréquentables. Vous-même voyez aujourd’hui comment vivent ceux qui rodent autour du pouvoir ou qui composent avec la rébellion, tous vivent dans la peur de ce qui adviendra. Parce que tous savent que les Ivoiriens commencent à voir clair dans le plan de pillage organisé. Regardez-vous même ce qu’est devenu le pays. C’est scandaleux ! La fin risque fort bien d’être triste. Donc je ne veux pas faire partir de ce tableau triste. Néanmoins je respecte les choix de mes amis même si je les trouve macabres. C’est ça aussi la vie. Je serais peut-être dans le lot si la lutte n’avais pas été dévoyée. Car j’ai à un moment donné flirter avec la rébellion. Je ne dirai donc pas que je suis blanc comme neige. Mais j’ai eu du respect pour la souffrance des Ivoiriens quand les choses ont commencé à virer à 180°. Justement, il semblerait que vous ayez fait équipe avec Soro aux premières heures de la rébellion et cela aurait tourné au vinaigre pour vous. On parle même de votre élimination physique qui aurait avorté. Qu’en est-il exactement ? Lorsque la rébellion a commencé, j’ai été approche par IB par l’intermédiaire de Banchi Roger que nous avons rencontré à Paris. Lorsque Banchi m’a appelé, je lui ai dit que j’avais un ami qui devait venir avec moi. Il m’a tout de suite demandé de quel ami s’agissait-il? Je lui ai dit Konaté Sidiki et il m’a dit « celui qui a marché contre la rébellion ou bien c’est un autre ?» Je lui ai dit que c’était celui qui avait marché contre la rébellion dès le début. Mais, j’ai pris sur moi de convaincre Banchi que Konaté s’était trompé et qu’il était mal informé sur la situation au pays. Puisqu’en son temps, nous étions beaucoup en contact, donc j’ai pris le temps de le connaitre. Avant même la rébellion, nous nous sommes rencontré au pays et nous avons même effectués un voyage sur Gagnoa dans le cadre de la Fesci lorsque nous étions à la direction. Konaté et moi, nous nous sommes retrouvés à Paris où nous avons rencontré Banchi. C’est à l’issue de cette discussion que nous nous sommes engagés dans la rébellion, vu les thèses qu’ils ont défendu en son temps.
Dès cet instant j’ai pris les dispositions sécuritaires qu’il fallait. Au même moment les informations qui me sont parvenues ont fait état de ce qu’il fallait tuer ADAMS et FAYA. Puisque les jeunes militaires commis à la tâche ne me connaissaient pas, ils ont fait envahir la ville de Korhogo par les anciens Fescistes qui me connaissent. Ils étaient dans la boîte de nuit où ADAMS a été tué, et même dans tous les restaurants de la ville. Ils ont pensé que j’étais un fêtard comme eux. Ils ont souhaités me tuer dans un restaurant pour dire par la suite que j’étais mort en essayant de faire un coup. Ce qui est malheureux dans tout ça, c’est le rôle joué par Konaté Sidiki. Car mon assassinat avait été planifié et c’est lui qui était le chef d’orchestre. Il devait le faire pour que Soro ait confiance en lui totalement. Dans la rébellion de Soro; plus tu tues plus tu es promu. Ceux qui ont de la promotion autour de lui sont ceux qui ont joués différents rôles dans les assassinats. Cette nuit là c’était un samedi vers 4 h du matin quand Adams a été tué. Immédiatement j’ai été informé depuis ma cachette. Je me suis donc rendu dans le camp militaire français et c’est comme ça que j’ai été exfiltré vers Ouaga par l’armée française. Moi aujourd’hui je suis au dessus de tout ça, ce qui m’intéresse c’est le peuple ivoirien qui souffre. Peuple que nous devons libérer car pris en otage par une situation créée de toute pièce pour piller l’économie ivoirienne. Depuis lors, avez-vous eu des contacts avec Guillaume Soro ? Non. Et cela n’est pas important aujourd’hui. Je vous l’ai dit. Ce qui est important pour moi c’est la situation des ivoiriens qui n’arrivent pas à manger, à se vêtir et se soigner comme il le faut. Que Soro me contacte ou pas, ça change quoi dans la profonde crise actuelle ? Ce que les Ivoiriens souhaitent aujourd’hui c’est de sortir du cycle infernal et malhonnête dans lequel ont bien voulu les plonger les acteurs actuels de la politique. Regardez vous-mêmes ce qu’est devenue la société ivoirienne ? Elle pue de très loin les détournements, le blanchissement d’argent, les déchets toxiques et autres effets pervers de la misère. On sent aujourd’hui que les populations n’attendent qu’un sauveur. Guillaume Soro est actuellement le premier ministre de la Côte d’Ivoire. S’il vous tendait la main pour effacer le passif entre vous, l’accepteriez-vous ?
Outre Soro et Siriki, il y a Damana Pikas et Blé Goudé qui font leur chemin avec le camp présidentiel. Avez-vous des rapports avec eux ? Si oui, de quel ordre ? Si non, pourquoi ? Non, je n’ai aucun rapport avec eux parce que je l’ai dit plus haut que ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est le devenir des ivoiriens, ce n’est pas ceux qui pillent qui m’intéresse. Et je n’entends pas m’associer avec des gens qui sont en train de griller leurs cartes de la plus mauvaise manière. Nous avons poursuivi un idéal ensemble du temps où on était tous trois dans la fesci. Aujourd’hui ils ont choisi la voie de l’alimentaire si ça leur sert tant mieux. Mais moi, mon idéal est pour le peuple ivoirien dans son ensemble. Qu’ils disent dans leurs petits salons que je suis un idéaliste, je comprendrai et c’est de bonne guerre. Mais pour l’instant je rêve à une grande Côte d’Ivoire. Pas bien évidemment la mielleuse que nous avons connu du temps d’Houphouët, mais celle qui épouse les contours d’un développement basé sur la saine gestion des deniers publics.
On pourrait le dire, à tous les niveaux
aujourd’hui, on retrouve d’anciens fescistes. En effet à tous les niveaux ont retrouve des anciens fescistes. Cela est normal car entre le syndicalisme et la politique il y a un seul petit pas. Du syndicalisme, on aboutit à la politique. Si vous regardez bien la plupart des politiciens du pays sont tous des anciens syndicalistes du MEECI, du SYNARES. Moi regret ? Pourquoi ? Je me sens très à l’aise car cette soupe populaire ne m’intéresse pas. Des gens qui en longueur de journée pillent les deniers publiques au nom d’un patriotisme alimentaire ! Je ne suis pas intéressé. On peut avoir tous les milliards et ne pas être heureux. Aujourd’hui les gens qui s’abreuvent dans la soupe populaire comme vous le dîtes, doivent avoir à l’esprit le tribunal du peuple. Car aucun pouvoir n’est éternel et ils savent qu’ils auront des comptes à rendre aux Ivoiriens. Le peuple a toujours fait semblant de dormir mais son jugement est parfois terrible. Pensez-vous que Bédié aurait imaginé un instant que son éviction du pouvoir allait provoquer une liesse populaire ? Pensez-vous que Guéi avait imaginé une telle fin de vie ? Alors permettez que je me félicite d’être resté à l’écart de ce festin macabre malgré les nombreuses tentations. Etes-vous
d’avis avec Damana Pikas qui pensent que la Côte d’Ivoire de demain appartient
aux anciens fescistes ? Quel regard jetez-vous sur la version actuelle de la fesci qui épouse plus les contours d’une milice que d’une organisation syndicale ? Moi, la fesci que j’ai eu à diriger à un moment donné, n’était pas comme ce que je vois aujourd’hui. Si ces jeunes qui dirigent cette organisation le font dans l’intérêt des élèves et étudiants, ils doivent changer de méthodes. Car les assassinats et autres tortures qu’ils font subir aux honnêtes citoyens ne font pas grandir cette organisation. A mon temps je n’ai pas voulu que la fesci soit aux ordres d’un parti politique. Car cette option est synonyme d’un bâillonnement. Je vous le dit, ce syndicat, dans sa configuration actuelle, n’est plus représentatif des élèves et étudiants. Car tout le monde sait qu’il roule pour le FPI. Et quand c’est comme ça vous êtes obligé de faire respecter vos mots d’ordres par la force. J’invite ces jeunes qui dirigent le syndicat à changer car le pouvoir FPI n’est pas éternel. Il ne faut pas qu’ils me fassent dire que le syndicalisme est devenu un fonds de commerce. Car je sais que les secrétaires généraux de fesci et certains responsables roulent dans des voitures de luxes oubliant ce pourquoi ils ont été élus.
_____________________________________________________________________________________ Nous vous proposerons la suite la semaine prochaine avec son point de vue sur la situation politique de la Côte d’Ivoire, les accords de Ouaga, les élections, l’opposition ivoirienne, ses rapports avec Ibrahima Coulibaly dit IB. |
Vérifiez de vous même l'actualité Actualité Ivoirienne
Actualité Africaine -
Le Confidentiel Africain
|
|
L'information à travers
les lignes
|