Accords de paix
Les oubliés de Ouaga veulent se faire entendre
Les
accords de paix de Ouagadougou signés entre le camp présidentiel ivoirien et
la rébellion en mars 2007 prévoient le désarmement et le cantonnement des
rebelles de Guillaume Soro. Mais rien n’est clairement défini pour les milices
pro-gouvernementales parsemés dans les parties centre, ouest et sud du pays.
Pourtant elles sont bien présentes et constituent une réelle menace pour la
sortie crise en Côte d’Ivoire. Il y a quelques mois le gouvernement ivoirien
avait entrepris par le biais de son chef d’état major, le général Philippe
Mangou, le démentiellement de certaines bases de ces milices. Précisément
celles qui sont situées dans la capitale, Abidjan, et qui commençaient à
donner de la voix face à ce qu’elles appelaient l’ingratitude du camp
présidentiel. Selon certains responsables de ces milices, des accords tacites
les liaient au pouvoir du président Laurent Gbagbo dont ils ont défendu le
temple aux heures chaudes de la rébellion. Face à leurs exigences, le
président ivoirien, exaspéré, a simplement et mollement indiqué que le
patriotisme ne saurait être monnayé. Ce qui signifierait qu’ils sont invités à
retourner à la vie civile et reprendre leurs activités. Pourtant ces milices
continuent d’exister et polluent souvent l’existence des populations de leurs
localités. Si les viols et les vols sont en hausse dans l’ouest du pays, c’est
en partie à cause des miliciens de Maho Gloféhi. Les rapports des
organisations humanitaires l’indiquent clairement. Mais rien n’est fait pour
inquiéter ces hommes devenus de véritables hors-la-loi avec à leur tableau de
chasse le tristement célèbre massacre de Guitrozon et Petit Duokoué en 2005.
Récemment encore Maho et ses hommes ont provoqué une peur panique dans
localité de l’ouest ivoirien.
Dans la même zone de prédilection que les miliciens de Maho Gloféhi, des
libériens menaçaient de pillage et d’extermination si le pouvoir n’honorait
pas ses engagements vis-à-vis d’eux. La Côte d’Ivoire faisant frontière avec
le Libéria, ces ex-rebelles libériens disséminés dans la zone forestière qui
fait office de frontière estiment avoir été associés à la défense du pouvoir
de Laurent Gbagbo moyennant paiement.
Dans
la capitale administrative, Yamoussoukro, des voix commencent à se faire
entendre. Des miliciens sous le nom de « Scorpions guetteurs » crient leur
amertume face à la monnaie de singe que leur rend le camp présidentiel
ivoirien. Ils estiment avoir donné beaucoup pour sauver le pouvoir de Laurent
Gbagbo pour être en retour des laissés-pour-compte. Comme leurs "frères d'armes" du Sud,
ces miliciens se sont regroupés en 2003. Aux côtés des Forces de défense et de
sécurité (FDS, loyalistes), ils ont défendu le président Gbagbo à la suite du
coup d'Etat manqué de la rébellion des Forces nouvelles (FN) en septembre
2002.
Après avoir combattu les rebelles installés à Bouaké (100 km au nord de
Yamoussoukro), ces quelque 750 hommes espéraient, une fois la guerre finie,
intégrer l'armée.
Mais leur rêve militaire a tourné court.
Tout comme ces trois entités, toutes les milices qui foisonnent dans le pays
ruminent leur colère et n’hésitent pas à menacer le pouvoir. Selon leurs
différents responsables, leurs éléments devraient bénéficier du même
traitement que les combattants de Guillaume Soro dont la nouvelle armée
devrait absorber une partie.
Abdelhaziz MAROUFI
Le Latéral info, Bouaké
amaroufi@lateralinfo.net