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Politique
Côte d’Ivoire
Une rébellion pour des cartes d’identité
Au
fur et mesure que la Côte d’Ivoire retrouve la lumière après sept années de
crise politico-militaire, de nombreuses questions trottent dans les esprits.
Notamment sur les mobiles réels de la rébellion dans ce pays autrefois
considéré comme un oasis de paix en Afrique de l’ouest. Du côté de la
primature ivoirienne, où l’autoproclamé chef de la rébellion, Guillaume Soro,
s’est fait introniser aux forceps premier ministre, on se tapera certainement
la poitrine d’avoir réussi une approximative opération d’identification à but
de délivrer des cartes d’identité à ceux qui n’en ont pas. Etait-ce cela le
but de la rébellion ? Difficile de le dire. Ou du moins l’argument serait trop
léger pour justifier une prise des armes contre un pouvoir. Pourtant à bien y
réfléchir, c’est le seul point pour l’instant positif de sept années de crise
avec à la clef des morts et une misère rampante. N’en déplaise aux esprits
chagrins qui soutiennent cette rébellion version Guillaume Soro, elle n’aura
pas réussi à trouver une solution à la profonde crise sociale qui ronge la
Côte d’Ivoire et qui l’a favorisée. Pire la Côte d’Ivoire ressemble
aujourd’hui à une bombe à retardement dont l’explosion ne saurait tarder. La
grogne sociale est perceptible partout avec en prime un processus électoral
calamiteux qui laisse entrevoir une élection présidentielle à risque (si on y
parvient). Même si le dire vertement comme l’a fait Sarkozy ou Kouchner vous
attire le courroux de chaque camp, n’empêche que c’est une réalité implacable
qui ne présage rien de bon pour ce pays. C’est ce qui explique d’ailleurs la
déception de plus en plus grande de la France.
Pourtant, en déclenchant cette
rébellion en septembre 2002, son père spirituel, le sergent chef, Ibrahima
Coulibaly, lui avait attribué des motifs nobles. Panser la fracture sociale
née du concept d’ivoirité, trouver une solution à la disparité économique
entre le nord et le sud et enfin redonner à la Côte d’Ivoire des bases
démocratiques solides pour les générations à venir, vu que la constitution
avait été tripa touée à des fins électoralistes. C’est seulement après ce
travail préliminaire (qui avait d’ailleurs été recommandé au défunt Général
Guéi après le renversement du président Bédié) que le pouvoir devait revenir
aux civils. Comme a su le faire en son temps, l’actuel président malien,
Amadou Toumani Touré, après le renversement du régime dictatorial de Moussa
Traoré. C’est au nom de ce travail pour donner à la nation ivoirienne une
fondation solide que les populations nordiques qui font, pour l’essentiel, les
frais de cette fracture sociale, ont, semble-t-il, donner leur onction à la
rébellion.
Malheureusement, depuis
l’éloignement du terrain des opérations du sergent chef IB, ces principes de
base semblent avoir totalement disparus du tableau de bord de la rébellion
Guillaume Soro. Faisant place aux compromissions sans avantage réel pour les
populations transformées aujourd’hui en bouclier humain face au pouvoir. Pour
une région ivoirienne déjà peu favorisée par les conditions climatiques, la
rébellion l’a lessivée du peu de richesse qu’elle pouvait avoir. Avec comme
corollaire une régression de tous les secteurs dont elle aura du mal à se
remettre de si tôt. Il faudrait peut-être aux zones sous contrôle de la
rébellion, le double du temps qu’aura duré celle-ci pour espérer se rapiécer.
C’est hélas le triste tableau.
Claude Tapé
Le Latéral info, Bouaké
claudetape@lateralinfo.net
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