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Politique

Politique : le front populaire ivoirien 

Quand l’élimination cache la misère morale de certains barrons

 

La majorité des ivoiriens aujourd’hui semblent avoir beaucoup de regrets d’avoir trop tôt eu confiance aux grandes théories des frontistes lorsqu’ils étaient encore dans l’opposition. En tout cas dans beaucoup d’esprits, si c’était à refaire, jamais ils n’accorderaient leurs voix au Front populaire ivoirien (Fpi). Dans leur esprit, c’est la plus grande trahison jamais commise dans la petite histoire politique de la Côte d’Ivoire. D’une société idéale promise, les Ivoiriens, depuis l’avènement des frontistes, volent de misère en misère. Même le passage catastrophique du président Bédié à la tête du pays, ressemble pour eux à un conte de fée. Pourtant à cette époque, on disait de la Côte d’Ivoire qu’elle était à genou. Sous le soleil des refondateurs, elle est complètement allonger et n’est pas prête de se relever. Les comportements des frontistes au pouvoir sont rentrés dans l’imagerie populaire. « Tu as grossi comme un frontiste, tu manges comme un frontiste, tu es insolent comme un frontiste » sont autant de langages qui démontrent si besoin en était encore que le front populaire ivoirien a dépassé le seuil de l’impopularité. A chaque niveau social monte la grogne comme une larve de volcan vers le sommet. Le front social se met petit-à-petit en ébullition. L’enseignement ne vaut plus grand-chose à cause des grèves intempestives des enseignants, les militaires ruminent dans les casernes pour des primes impayées, la jeunesse semble tellement désemparée qu’il ne lui reste qu’une seule solution : boire pour oublier les soucis. La boussole du Fpi a complètement perdu le nord au grand dam de certains barrons qui avaient en toute bonne foi fondé un réel espoir sur leur projet de société commun. Mais, aujourd’hui, ils ne se retrouvent plus dans les sons de tam-tams discordants de leur parti. En sortir leur fait courir le risque d’une élimination ou des ennuis judiciaires à n’en pas finir. Ils sont aujourd’hui à la place d’un danseur qui doit danser la mauvaise danse comme on le dit en bambara. « Un pas devant ton père meurt, un pas en arrière c’est ta mère que tu perdras ». Dans ces conditions, c’est l’inertie totale. C’est bien l’attitude de certains barrons du Fpi aujourd’hui. Ils sont piégés dans le tourbillon de la mauvaise danse. Et seul le silence leur permet de vivre actuellement. Aboudramane Sangaré, une figure de proue de la lutte frontiste est aujourd’hui d’un silence de marbre. Il est l’ombre de lui-même. Pas parce qu’il n’a rien à dire. Mais simplement parce qu’il a peur d’être broyé par la machine infernale qu’est devenue le parti qu’il a contribué à porter sur les fonds baptismaux. Dans ces conditions se contenter de ce qu’on te confie comme tâche et ensuite le silence sont conseillés. Et c’est ce que fait l’époux de l’une des ex-miss ivoiriennes. Avant lui, le doyen Mêmel Fothè avait fini par complètement se retirer dans le grand silence. Intellectuel jusqu’aux ongles, le doyen de Dabou a été désillusionné par la politique catastrophique de ceux pour qui il était pratiquement un guide. Son retrait n’est nullement dû au poids de l’âge, mais à une grande souffrance intérieure face à la roublardise et à la fourberie des refondateurs. L’idéal social pour tous a été abandonné pour l’enrichissement illicite développant en Côte d’Ivoire de puissants réseaux de blanchissement d’argent. Des sources dignes de foi font état d’un réseau angolais à la disposition du couple présidentiel. Les coffres suisses n’étant plus la destination idéale en cas de perte de pouvoir. C’est donc une véritable torture morale que subissait Mêmel Fothé au soir de sa vie. Tout comme lui, un monsieur comme Hubert Oulaï donnerait aujourd’hui des millions à qui pourrait lui expliquer le nouveau mécanisme de fonctionnement du pouvoir Gbagbo. Il ne comprend pas grand-chose sauf ce qu’on veut bien lui expliquer. Il semble lui également résolu à ne rien dire pour préserver sa vie et sa pitance. La peur de la machine risque de transformer tout ce qu’il reproche au système auquel lui-même appartient en goitre dans son cou. Tout le monde joue les béni-oui-oui par crainte de l’escadron de la mort ou des ennuis judiciaires montés de toute pièce. Le cas le plus éloquent, c’est celui de Mamadou Koulibaly, le président de l’assemblée nationale. D’une position de véritable chien de garde du pouvoir Fpi, le numéro deux du régime ivoirien est passé à celui d’un agneau qui craint d’être mangé par les loups. La fumée du torchon qui brûlait entre lui et le chef de l’Etat a failli mettre le feu à la baraque Fpi. Des négociations en sourdine ont quelques peu rétabli la situation. Mais la relation semble avoir perdu en intensité. Le président de l’assemblée nationale qui aimait bien monter sur ses grands chevaux pour se prévaloir d’un nationalisme à déraciner les montagnes a le profil tout bas maintenant. Et n’assure que le service minimum.

Beaucoup d’entre les frontistes aujourd’hui ont bien des regrets face à la nébuleuse macabre et inefficace qu’est devenu leur front populaire. Mais le risque en s’en retirant est plus dangereux que celui d’y rester et de la fermer. Alors chaque mécontent rumine sa douleur en attendant d’être libéré de sa misère morale.

 

Claude Tapé       
Le Latéral info, Séguéla
claudetape@lateralinfo.net

 

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