Gabon : Après le décès d’OBO
Que
dit le testament familial ?
Après
le folklore autour de l’annonce, la mort du président gabonais, El Hadj Omar
Bongo Ondimba, a fini par être officialisée le lundi 8 juin 2009. Au-delà des
messages de compassion qui fusent de partout dans le monde, la grande question
et inquiétude réside dans l’après Bongo. Qui succédera au dernier pilier de la
françafrique au moment même où Paris cherche à redéfinir les contours de ses
rapports avec les dirigeants de ses anciennes colonies ? Bien malin qui
trouvera la réponse. A moins que le testament de celui qui a régné 41 ans sans
partage sur ce petit pays riche en pétrole soit lu publiquement et qu’il n’y
ait aucune opposition à son exécution. Et oui. Dans certains pays africains,
le testament familial semble plus important que la constitution de sorte qu’on
se retrouve souvent dans changement dynastique plutôt que démocratique. Dans
cet esprit, le premier fils du défunt, Ben Ali Bongo Ondimba, mesure déjà
toute la difficulté de « manoeuvrage ». Lui qui, au lendemain de l’annonce du
décès de son père, a pris toutes les mesures dissuasives pour calmer les
ardeurs et l’euphorie de tous ces opposants tapis dans l’ombre tels que
Zacharie Myboto, Pierre Mamboundou et même son propre beau-frère, mari de
Pascaline Bongo. L’heure est donc à l’observation. Tout pourrait se jouer dans
une éventuelle dissension entre la grande sœur et le petit frère. Ali Bongo,
actuel président du Parti démocratique gabonais (PDG), bénéficie à ce titre
d’une avance politique nationale sur Pascaline qui vivait presque dans l’ombre
de son père. Mais elle a l’avantage de non seulement avoir les clefs de la
fortune de son père, mais aussi et surtout pouvoir faire jouer l’immense
carnet d’adresse du défunt. Vu qu’elle était sa directrice de cabinet
omnipotente. C’est à ce titre d’ailleurs qu’elle assurait la communication
entre l’Elysée et Barcelone où le président gabonais était interné. Elle
serait également la clef de voute des entreprise françaises installées au
Gabon. Entre ces deux poids lourds de la famille Bongo le combat est pour
l’instant souterrain même si tous clament le respect de la période de deuil
d’un mois décrété.
Un scénario qui vient rappeler
celui d’un autre Etat africain du pré carré français, le Togo. Où les frères
ennemis Gnassingbé du défunt président Eyadema n’arrivent pas à s’entendre
après que le premier fils Faure ait succédé au père. Ironie du sort, pour les
amener à s’entendre, le président gabonais, Omar Bongo, s’était fortement
impliqué.
Selon la constitution gabonaise,
c’est la présidente du Sénat, Francine Rogombé, qui doit assurer l’intérim
jusqu’à l’organisation d’une nouvelle élection dans les quarante-cinq jours.
Elle a été désignée le mercredi conformément à la constitution. Mais en
attendant la fin de son intérim les jeux sont plus que jamais ouverts et tout
peut arriver d’autant plus qu’avec la nouvelle politique de Sarkozy, la France
reste prudente.
Jacques Demelon
Envoyé spécial à Libreville
jdemelon@lateralinfo.net