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Politique

Interview du Président de l’association des victimes de crimes et de répressions des zones CNO.

"86 personnes sont mortes dans les conteneurs de Fofié"

"Certains chefs de guerre ont fait des sacrifices humains"

La récente proposition de l'Onu d'un amendement de la loi d'amnistie signée par le président ivoirien, Laurent Gbagbo aurait-elle donné de la voix aux victimes des exactions commises par les rebelles. Tout porte à le croire. Dans cet entretien, le président de l'association des victimes de crimes et répressions des zones CNO explique ce qu'il attend après les exactions avérées de certaines milices et de la rébellion.


Claude TAPE: Bonjour Monsieur T.S, pourquoi voulez-vous garder votre identité secrète ?

T.S. : Pour des questions de sécurité. Vous savez que je suis résident à Korhogo et que toute action de ce genre pourrait être suivie de représailles.


Claude TAPE: Qu’est ce qui motive l’existence de votre association dans un contexte de normalisation et de réconciliation nationale ?


T.S.
 : Avec le déclenchement de la guerre en Côte d’Ivoire, le pays a connu les pires formes de violations des droits de l’homme et particulièrement dans les zones nord, centre et ouest. Vous n’avez qu’a vous référer aux rapports des organisations comme HUMAN RIGHT WATCH et les ONG pour vous rendre compte de la gravité de ce que nous avons subit dans la zone occupée par la rébellion.

En tout état de cause, la réconciliation n’implique pas qu’il faut fermer les yeux sur l’impunité. Sur les violations flagrantes des droits humains. Le président Gbagbo a d’ailleurs été clair sur la question quand il confiait à France 24 que la loi d’amnistie ne prend pas en compte les crimes de guerre et les crimes économiques. En fait, il faut donc comprendre que notre combat contre l’impunité s’inscrit dans la droite ligne de la réconciliation dans la justice, la vérité et le pardon. Dans tous les cas, vous convenez avec moi qu’il ne peut y avoir de réconciliation vraie sans justice préalable. 

Claude TAPE: Parlant de crimes et de répressions ; de quels crimes parlez-vous exactement ?


T.S.
 : Il faut savoir que nous avons jeté les bases de cette association depuis 2004. Aux heures chaudes de la répression et des violations des droits humains surtout à KORHOGO et à BOUAKÉ. Souvenez-vous que 86 personnes sont mortes dans les conteneurs de FOFIE KOUAKOU sans compter les exécutions sommaires de plusieurs jeunes gens extraits de leur domicile pour être victime de la barbarie des hommes de FOFIE. Je vous apprends que le quartier KOKO de Korhogo a perdu plus de 80 pour cent de sa jeunesse. Dans la même ville, nous avons recensé des mères qui ont à elles seules perdues 5 enfants sans compter les veuves et les orphelins. Dans la même ville de KORHOGO un phénomène macabre s’était développé : les sacrifices humains. Certains chefs de guerre ont été pointés du doigt par la population. Je tiens aussi à préciser que nous avons apporté notre contribution à l’ONU et à certaines organisations des droits de l’homme commises à cet effet.


Claude TAPE: Pourquoi votre association s’occupe-t-elle uniquement que des zones CNO ?

T.S. : Nous dénonçons sur pièces. Il y a certes eu des violations tant au nord qu’au sud.

Mais les moyens optimaux nécessaires dans ce genre d’investigation ne nous ont pas permis d’étendre notre champ d’actions à la zone gouvernementale. Dans tous les cas, d’autres organisations sœurs y ont jeté leur dévolu pour aider à l’éclatement de la vérité. Pendant ce temps, nous travaillions sans relâche dans la zone où nous résidons.

Claude TAPE: Vous êtes basés à Korhogo. Comment faites-vous alors pour recueillir les informations des autres  régions ?

T.S. : C’est simple. Notre message passe discrètement. Parfois, nous rencontrons les parents des régions concernées dont vous parlez. Ou alors, nous y rendons. Il arrive généralement que nos représentants locaux travaillent dans ce sens. Au vu des pièces ou de témoignages crédibles, nous prenons en compte les plaintes. Pour preuve ; les derniers événements des 26 et 27 décembre survenus à Bouaké ; nous avons pu répertorier 28 morts dont la plupart ont été enlevés à leur domicile pour être exécuté. Beaucoup de familles sont sans nouvelles de leurs enfants enlevés soit par les éléments de CHERIF OUSMANE soit par ceux de WATTAO. Et, cet état de fait cours depuis 2004. Certains témoignages font état de prisons secrètes aux domiciles de CHERIF OUSMANE dont les pensionnaires sont jusqu’à ce jour portés disparus.

Claude TAPE: Quels sont les moyens à votre disposition pour mener à bien cette mission ?


T.S.
 : Nous travaillons de concert avec d’autres ONG à l’extérieur afin que le conseil de sécurité des nations unies prenne en compte les plaintes et les dépositions de nos membres. Vous êtes d’ailleurs sans savoir que l’ONU détient une liste de 9 personnalités ivoiriennes pour leur implication supposée dans des violations de droits humains. C’est dire que le travaille avance. Et nous avons espoir en ce que des criminels ivoiriens aient le même destin que Charles Taylor, Jean Pierre Bemba et qui sais-je encore.

 

Claude TAPE
envoyé spécial à Korhogo
claupetape@lateralinfo.net

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Laurent Pokou tabassé
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