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Politique

Tension politique en Côte d’Ivoire
Le choc des hypothèses…

 

Dix (10) délégués des Forces Nouvelles, qui représentent la base civile de l’ex rébellion ont  à l’issue d’un conclave de deux (2) jours, demandé la démission de leur  secrétaire général, de son poste de premier ministre de la République de Côte d’Ivoire, en la personne de M. SORO K. Guillaume. Cette position très embarrassante est un coup d’épée porté à l’Accord de paix de Ouagadougou à un moment où des langues indiscrètes annoncent de manière imminente la tenue des prochaines échéances électorales.

Face à cette nouvelle situation, il nous convient de situer le contexte et les enjeux d’une telle prise de position à ce stade du processus de paix.

De toute évidence, la position des délégués des forces nouvelles formalise un conflit qui a fini par échapper à la bonne grâce de l’action diplomatique. En effet, l’Accord complémentaire 4 de Ouagadougou qui est sensé apporter une solution aux questions militaires et d’unification des caisses de l’Etat est mis en mal par les intérêts de stratégies politiques qui s’apparentent à des questions de survis individuels et collectifs des leaders et de leur collaborateurs.

Et du côté des Forces Nouvelles, la sortie de crise pose un certain nombre de problèmes tout aussi politiques, financiers que sociaux et sécuritaires.

Du point de vue politique, la question de l’identification intéresse au plus bas niveau l’ex rébellion. Elle a servi d’argument de mobilisation et de ralliement et demeurera jusqu’au terme du processus. Les élections également, notamment le respect des engagements de Pretoria à propos des candidatures de Alassane OUATTARA et de KONAN Bédié.

Du point de vue financier et social les Forces Nouvelles qui ont passé près de sept (7) années à s’autofinancer sont invitées à perdre certains de ces privilèges au profit de la paix et de la réunification. Seulement, dans la pratique, tout ceci s’apparente à un casse-tête chinois pour la direction des Forces Nouvelles tant le financement et les autres mesures d’accompagnement, notamment l’intégration de certains combattants de l’ex-rébellion dans la nouvelle armée reste des préoccupations sensibles.  La stratégie du pouvoir, qui a toujours été de se payer la tête des oppositions quelles soient celle des partis politiques ou celle des syndicats, a du mal à prendre depuis quelques années. Car la crise actuelle qui a suscité un éveil des consciences ne permet plus à un leader de mener des actions solitaires au risque de se voir éjecter de son piédestal. Soro qui a si bien compris cela gère avec beaucoup de prudence ce dossier face auquel, il n’a pas droit à l’erreur.

Du point de vue sécuritaire, la question de la confiance est toujours d’actualité. Et dans l’esprit de nombreux partisans de l’ex rébellion, la duplicité du parti au pouvoir et notamment de son chef, en l’occurrence, le Chef de l’Etat, est de notoriété publique. Dans l’entendement donc de nombreux partisans FN, le désarmement avant les élections serait un acte suicidaire. Aussi, pour eux encore, la sécurisation des élections ne peut revenir qu’aux seules forces restées loyalistes au président GBAGBO.  

Toutes ces préoccupations qui n’ont aucun caractère spontané, sont connues de la direction des Forces Nouvelles. Et vu les privilèges auxquels ses membres ont maintenant droit, ils sont parfois mis en  difficulté face à la troupe qui est très inquiète pour son avenir et s’interroge encore sur l’avenir du processus de paix et la bonne foi de ses dirigeants.  

SORO est-il mis en minorité ?

Nous pensons que non ! Mais la gestion qu’il fera de cette crise permettra de répondre à cette question.

Pour l’instant, il nous faut noter la sortie ratée de son porte-parole à la primature qui s’est permis de faire une déclaration du berger à la bergère sans tenir compte du caractère sensible de son action.

En effet, en affirmant en substance : «Ce qu’il faut noter, c’est que ce n’est la position ni du directoire politique des FN, qui est une structure de haut niveau dans l’organisation des FN, ni une déclaration formulée par l’état-major des FN », M. Méité Sindou, a voulu banaliser cette déclaration des délégués. Et d’affirmer aussi que Soro  est « à son poste » et « à la tâche ». Egalement que sa démission ne dépend d’abord que du Chef de l’Etat et ensuite des Forces Nouvelles. Et de conclure « Pour l’heure, et je tranche net là-dessus, nous ne sommes pas dans ce cas de figure »

Après cette déclaration inopinée et inopportune de Meité Sindou, c’est Alain Lobognon, Directeur de communication, qui déclare avoir pris acte de la décision des délégués. Et d’annoncer que le directoire politique et les grands commandements des Forces nouvelles (Fn) vont se concerter le 20 avril prochain à 11 heures à Bouaké.

SORO est-il accroché à son poste ?

Nous faisons aussi le constat que Soro reste accroché à son poste avec la même détermination et conviction que celles de ses prédécesseurs. C’est-à-dire avec le sentiment de pouvoir traverser un nid d’abeilles sans écorchure. Cependant, pourra-t-il échappé au sort qui leur avait été réservé ? Difficile de répondre à cette question.

Gbagbo et le FPI, les grands gagnants ?

Dans une moindre mesure. Car même si la stratégie du camp présidentiel est de repousser l’échéance électorale présidentielle, une rupture brutale dans les rapports avec les Forces Nouvelles entrainerait une situation qui ramènerait sur la table le règlement militaire de la crise dont l’issue est insondable. A moins de s’exposer à une situation insurrectionnelle qui pourrait provenir de son propre camp.

Doit-on y voir une manipulation des pro-IB ?

Dans une moindre mesure également. Ce que nous pouvons noter, c’est ce que ses partisans pourraient en tirer profit au cas où Soro n’arrive pas à s’entendre avec la base. Et la résurgence des questions militaires et sociales, mêlées aux nombreux soupçons de compromission de la direction actuelle avec le camp présidentiel, dans la conduite du processus de sortie de crise fait dire à de nombreux observateurs qu’en quête d’un leader charismatique après la débâcle de Soro les soldats ne tarderont pas à se tourner vers Ibrahima Coulibaly.         

Peut-on penser à une stratégie de diversion des Forces Nouvelles ?

Là encore, nous ne pouvons pas parier là-dessus. Car nous voyons très mal Soro et ses collaborateurs de la primature mettre aux enchères leur position et leur rôle au sommet de l’Etat. Ce serait la toute dernière option d’autant plus que cela pourrait être très préjudiciable pour eux dans la mesure où les nombreux  avantages auxquels ils ont droit pourraient voler en éclat du jour au lendemain.

L’Accord de Ouagadougou entre débris et cendres ?

Les initiateurs de l’Accords de paix de Ouagadougou, qui sont au confluent de nombreux intérêts égoïstes, sont, sans doute, en train de découvrir les limites de la cohabitation. Et pour de nombreux observateurs, cet accord qui connait une chute vertigineuse depuis la signature de l’accord complémentaire 4 de la série chronologique joue sa survie. Et pourrait même en cas d’échec entrainer de graves bouleversements au sommet de l’Etat.

Et le peuple dans tout ça ?

Les populations qui restent attachées à leurs croyances religieuses et fatiguées de cette situation ont choisi de confier leur sort à Dieu. Et je voudrais m’illustrer par cette anecdote : Un jour, de passage,  un vieillard surprend  une conversation entre plusieurs dames. L’une d’entre elles, exprimant son désespoir, annonçait que le sort des populations dépendait maintenant de Dieu. En réponse, le vieillard d’affirmer que notre sort dépend de Gbagbo et que c’est  ce dernier qui a son sort entre les mains de Dieu…

 

 

Zié Koné
Le Latéral info, Abidjan
konez@lateralinfo.net
 

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