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Politique

Sortie de crise en Côte d’Ivoire

 

Vers l’inévitable clash

Le plan de sortie de crise en Côte d’Ivoire depuis la signature des accords de Ouagadougou ressemble à un ballet de tango dont les acteurs sont de très mauvais danseurs. Un pas devant et cinq en en arrière. On se demande bien aujourd’hui la Côte d’Ivoire pourra s’en sortir sans un clash véritable.
 

 Chaque pas vers l’élection présidentielle prévue le 30 novembre prochain ressemble à l’avancée d’un mal voyant vers le précipice. Tant la malhonnêteté est devenue monnaie courante dans le milieu politique ivoirien. Pour se dérober aux exigences des autres accords de paix sur la Côte d’Ivoire jugés trop occidentaux dans le fond, le président ivoirien Laurent Gbagbo avait fini par trouver des accords à l’amiable avec le petit patron de la rébellion, Guillaume Soro. C’est d’ailleurs sur cette base que la rébellion a hérité du poste de premier ministre. Même dans le fond encore, on ne voit véritablement pas la différence d’avec les autres accords, ils avaient néanmoins été salué par les deux parties au motif qu’ils donnaient la preuve à l’occident que les africains étaient capables de régler eux-mêmes leurs conflits. Et fort d’avoir bien ficelé son affaire avec le patron des forces nouvelles, l’actuel magistrat suprême de la Côte d’Ivoire avait qualifié ces accords de dernière chance de sortie de crise pour la Côte d’Ivoire. Et forçait par la même occasion la communauté internationale à se soumettre à ce qui a été accouché en mars 2007 à Ouagadougou sous les regards du nouveau parrain du pré carré français en Afrique de l’ouest, Blaise Compaoré. La feuille de route de ces accords prévoyaient, le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des ex-rebelles, le redéploiement de l’administration sur l’ensemble du territoire, le désarmement des milices proches du pouvoir, le recensement et l’identification pour aboutir à l’élection présidentielle dont le premier tour est prévu pour le 30 novembre. Malheureusement, à pratiquement deux mois de ladite élection et un an après la signature des accords de Ouaga, la situation ivoirienne, contrairement à ce que les politiciens de faire croire, n’a pas bougé d’un traitre centimètre. Pire tous les indices indiquent clairement un échec des accords de Ouaga même si le président ivoirien dans un Barrou d’honneur estime encore qu’ils sont d’actualité. Ironie du sort, c’est son épouse, la première, qui relèvera les insuffisances de ces accords et demandera leur révision en certains chapitres essentiels. Les forces nouvelles, récemment en conclave dans leur fief de Bouaké, ont émis pour la première fois l’idée d’un report de la présidentielle eu égard le laxisme et la mauvaise foi qui ont présidé l’application de ces accords. Mais, bien avant, le président ivoirien, sans remettre en cause le deal de Ouaga, avait émis d’un report pour le mois de décembre 2008. Grignotant quelques semaines sur la patience des partis d’opposition. Qui eux-mêmes sont conscients de la catastrophe sur le terrain, mais sont astreints à une obligation de silence par la dictature des refondateurs. « Vous n’avez pas pris part à la signature de quelque chose et c’est vous qui proclamez sa mort », leur avait lancé Laurent Gbagbo pour leur signifier qu’ils devaient se tenir très loin de ces accords. Eu égard cette boutade, aucun parti d’opposition ne souhaite être le bouc émissaire d’un échec que le monde entier voit pointer du nez. D’ailleurs les premiers à se désolidariser de l’échec de ces accords et à entrevoir l’éventualité d’un report sont ceux-là même qui sont chargés d’accompagner les parties ivoiriennes dans leurs efforts de sortie de crise : l’Onuci. L’Onuci, tenant compte de l’approximation qui accompagne l’application des accords de Ouaga aurait déjà signalé au secrétaire des nations-unies l’impossibilité matérielle d’organiser la présidentielle ivoirienne à la date indiquée. Et les derniers évènements dramatiques qui entourent les opérations d’identification, qui sont le fait des jeunes patriotes proches du président ivoirien conforte l’opinion nationale et internationale sur la fragilité de l’environnement sociopolitique ivoirien. Une fragilité qui montre bien que les accords politiques de Ouagadougou ont été simplement un coup de bluff qui n’aura servi qu’à prolonger le mandat de Laurent Gbagbo et faire monter de grade, Guillaume Soro. Face au constat de l’échec, on se demande bien quel scénario trouvera encore le patron des refondateurs. D’autant plus que le président ivoirien avait lui-même qualifié ces accords de dernière chance de sortie de crise pour la Côte d’Ivoire. Pour bien d’observateurs, l’idée d’un passage en force n’est pas à écarter dans le tableau ivoirien. Un plan B dont l’une des farouches partisanes n’est autre Simone Gbagbo, herself. La première dame qui récuse ouvertement aujourd’hui les accords de Ouaga, n’a jamais digéré que son mari passe de compromis en compromissions alors la trêve orchestrée par le cessez-le-feu a permis au pouvoir de se surarmé. Même rengaine chez certains barrons du front populaire ivoirien qui, même s’ils se cachent derrière les accords de Ouaga (hypocrisie aidant) seraient favorable à une option militaire d’autant plus que tout le monde sait aujourd’hui que Guillaume Soro et sa bande ne représente plus grand-chose militairement parlant. Cette option est d’ailleurs en train de prendre forme en miniature avec la violence qu’exercent les jeunes patriotes dans les centres d’identification en zones dites loyalistes. C’est ce pressentiment du grand malaise qui se prépare qui emmène les forces étrangères présentes en sol ivoirien à faire de grandes manœuvres ces derniers temps. Officiellement baptisées « Lion bondissant », celles-ci sont placées sous le signe de la sécurisation des élections. Pourtant chaque jour qui passe, rend son verdict sur l’impossibilité de la tenue des élections. Alors à quoi sert le déploiement de toute une armada de guerre à travers le pays ?

 

Claude Tapé     
Le Latéral info, Bouaké
claudetape@lateralinfo.net   

 

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