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Politique

Accords de Ouaga :  

 

Gbagbo refuse l’évidence, Simone récuse les accords, Affi tente d’effacer les vomissures, Fologo le caméléon équilibriste

  

Tout est mélangé chez les refondateurs
 

Le président ivoirien, Laurent Gbagbo, n’est pas prêt de célébrer les funérailles des accords politiques de Ouaga signés en mars 2007 et sensés trouver une porte de sortie à la crise ivoirienne même s’il admet un probable report des élections au mois de décembre. Pourtant le diagnostic est clair. L’aboutissement logique de ces accords qui devrait être les élections présidentielles et législatives prévues pour le 30 novembre prochain est voué à un échec certain. Ce qui occasionne d’ailleurs un ballet diplomatique des différents acteurs politiques ivoiriens du côté du palais présidentiel de Ouagadougou pour en être informés par le facilitateur desdits accords, le président burkinabé, Blaise Compaoré. Qui lui-même en a été informé par le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu en Côte d’Ivoire, Y. Choï le 6 septembre dernier. Le patron de l’Onuci, compte tenu du retard considérable pris par certaines opérations cruciales s’est rendu à l’évidence que la date du 30 novembre était un leurre. Une note a d’ailleurs été transmise au secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-Moon, sur la perspective d’un report de l’élection présidentielle ivoirienne au mois de février 2009.

S’il se convainc petit-à-petit de l’idée d’un report évident, le candidat naturel du front populaire ivoirien n’entend tout de même pas proclamer la mort des accords de Ouaga. Et ne souhaite pas que ses politiques le décrètent. « J'entends certaines personnes dire que s'il n'y a pas d'élection le 30 novembre prochain, l'Accord Politique de Ouagadougou (APO) serait caduc. Vous n'avez pas participé à l'élaboration de quelque chose et vous décrétez qu'il est mort », s’indigne M. Gbagbo. Avant de rappeler à ces mêmes acteurs que c’est bien grâce à ces accords qu’ils circulent librement sur tout le territoire ivoirien. Pire, le président ivoirien donne dans la menace : « ne tirons pas trop sur la corde ». Des déclarations qui ressemblent fort bien aux derniers soubresauts d’un pouvoir qui agonise face à l’échec de ce qui lui servait de bouée de sauvetage.

Parlant d’échec, oui il y a échec des accords politiques de Ouaga. C’est vrai comme le dit le président ivoirien, tous ceux qui piaillent actuellement n’ont pas pris part à l’élaboration desdits accords. Cependant ces accords leur ont été imposés comme le package ou le kit pouvant sortir la Côte d’Ivoire de l’ornière. Raisonnement très simple, si certains éléments de ce package ne fonctionnent pas, il est clair que c’est tout le package qui en pâti. D’où sort-il alors que les accords de Ouaga tiennent encore la route ? Contrairement à ses adversaires à qui il conseille de garder le profil bas, c’est lui plutôt qui doit avoir l’humilité de reconnaître que les accords avec lesquels il a nargué toute la communauté internationale ont échoué et de ce fait sont caducs.    

Simone Gbagbo récuse les accords de Ouaga

Véritable maîtresse du navire ivoire, Simone Gbagbo, vient de marquer son désaccord avec la position de son mari de président qui estime que même si la date des élections doit être repoussée, les accords de Ouaga ne doivent pas être enterrés. Surtout pas par ceux qui n’ont pas pris part à leur élaboration. Pourtant c’est ce qui est en train d’être fait par la première dame ivoirienne. De retour d’une mission de deux semaines à l’intérieur du pays, Mme Gbagbo n’a pas hésité à demander une révision des accords de paix de Ouaga. Les accords "ne peuvent pas régler les problèmes qu'ils ont contribué à créer ici et on est obligé d'aller à leur secours, on est obligé de les aider", a-t-elle affirmé en citant le cas de la démobilisation des ex-combattants qu'"ils ont toujours sur les bras". "La question que j'ai posée n'est pas inextricable, elle est bloquée parce que les solutions qui ont été trouvées dans les accords de Ouagadougou sont des solutions onéreuses", a-t-elle poursuivi. "Et la communauté internationale pour le moment n'a pas levé le petit doigt pour aider au règlement financier de ces problèmes-là ou alors ce qui a été fait est une goutte d'eau à côté de ce qui est exigé par les accords de Ouagadougou", a-t-elle estimé. "C'est la raison pour laquelle il faut que nous acceptions de revisiter ces accords de Ouagadougou", a déclaré Mme Gbagbo. "Tout ce qui concerne le désarmement, la réinsertion des ex-combattants, le rapatriement des mercenaires étrangers (...) et toute la quantification financière qui en a été faite, tout ça ce n'est pas très réaliste quand on voit le budget de la Côte d'Ivoire", a-t-elle ajouté. "Il faut tout revoir à la baisse, y compris les conditions du désarmement et la réinsertion", a insisté la première dame de Côte d'Ivoire qui est également la deuxième vice-présidente du Front populaire ivoirien (FPI, parti présidentiel) et la présidente du groupe parlementaire FPI à l'Assemblée nationale. Une sortie aux antipodes de la position de son mari qui ne souhaite pas qu’on touche aux accords de Ouaga même s’il reconnaît que ces accords depuis leur signature n’ont rien résolu au problème ivoirien.  

Pascal Affi N’guessan tente d’effacer les vomissures de Simone

Franchement on se demande bien ce que nous prépare les dignitaires du front populaire ivoirien (Fpi). Aucun accord dans les violons. Après la sortie hasardeuse de la première dame qui récuse purement et simplement les accords politiques de Ouaga, le tour de planche est revenu au président du rassemblement des frontistes, Pascal Affi N’guessan. Lui ira jouer son tour de comédie devant les autorités burkinabés à Ouaga avec pour objectif d’apaiser la petite tension suscitée par la sortie de son adjointe. Devant elles donc le président du Fpi expliquera que les propos de la première dame ont été mal interprétés. Par qui ? Il dira certainement par la presse puisque c’est elle dans son ensemble qui en a fait écho. "S'agissant des déclarations de la Première Dame, par ailleurs deuxième vice-présidente du FPI, certainement qu'elle s'est mal fait comprendre parce que les commentaires que nous avons entendus sont totalement éloignés de l'idée qu'elle a exprimée", a déclaré à la presse Pascal Affi N'Guessan. Selon lui, Mme Gbagbo ne conteste "nullement" la pertinence de cet accord qui a permis à la Côte d'Ivoire de sortir d'une grave crise politico-militaire mais a fait des propositions tendant à aller "le plus rapidement possible à la paix". "Mais elle a estimé que le schéma actuel du désarmement paraît lourd et que le pays n'avait pas les ressources immédiates et qu'il fallait donc réfléchir à impliquer toute la nation de manière à ce que le schéma de désarmement soit plus facile à mettre en oeuvre", a-t-il ajouté. "La Première Dame propose qu'on implique les populations, que dans le cadre de la réinsertion, on puisse envisager d'offrir des parcelles de terrain à un certain nombre d'ex-combattants accompagnés d'une petite dotation financière pour que ceux-là aillent directement s'installer avec l'encadrement des services techniques de l'Etat", a-t-il expliqué. Ces justifications du premier premier ministre de Gbagbo transpirent la malhonnêteté politique pour qui connaît très bien la première dame. Tout le monde sait la haine viscérale qu’a Simone pour ceux qui ont pris les armes et les différents accords qui contraignent son mari à partager le pouvoir avec eux. Pour elle, il n’y a que par la force que le couple retrouvera l’entièreté de son pouvoir. Ses sorties sont donc bien calculées. Car les déclarations du genre ne datent pas d’aujourd’hui. Dans la même période d’ailleurs, elle a eu à porter des coups dans les côtes des forces nouvelles. Ce qui a engendré une réunion d’urgence entre son staff et la hiérarchie des forces nouvelles. En allant se déculotter à Ouaga, le président du Fpi pense pouvoir cacher le soleil avec la main en rassurant les autorités burkinabés qui ont reçu les déclarations de la première dame comme un coup de massue. 

Fologo joue le caméléon équilibriste

Le patron du conseil économique et social, Laurent Dona Fologo, qui a coupé le cordon ombilical qui le liait au parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) pour se rapprocher du Fpi, ne veut pas s’attirer la colère de ses nouveaux patrons. Sans dire haut et fort qu’il soutient la première dame dans son jugement sur les accords de Ouaga, l’ancien secrétaire général du Pdci estime néanmoins que ces accords ne sont pas l’évangile. Il souhaite donc leur révision en certains points pour faire plaisir à Simone mais il se garde de proclamer ouvertement leur mort pour ne pas s’attirer les foudres de Koudou qui a menacé tous ceux qui n’ont pas pris part à la signature de ces accords de décréter leur mort.

Malheureusement, le constat est clair. Depuis leur signature, les accords de Ouaga n’ont pas pu redonner le sourire aux Ivoiriens. L’immense espoir placé en eux a été déçu tant les acteurs de leur signature ne sont pas prêts à les appliquer à la lettre et dans l’esprit. Sinon comment comprendre que plus d’une année après leur signature, ces accords restent toujours à leur point de signature. Pas de désarmement, audience foraine bâclée, recensement et identification en retard, pour ne citer que ces points essentiels. Pire on envisage le report des élections prévues pour le 30 novembre prochain. « On a échoué partout », estime Fologo même s’il invite à soutenir les accords de Ouaga.      

 

Anne-Marie N’cho
Le Latéral info, Bruxelles
annemarie_ncho@lateralinfo.net

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