Tension politique
Que cachent les sorties intempestives des parties
signataires des accords de paix ?
En dehors
du fait qu’elles traduisent un sentiment d’inquiétude face aux difficultés
économiques des populations et au spectre d’un soulèvement populaire, les
acteurs semblent avoir choisi de se rejeter la pression. Bien avant, c’est Anaky
KOBENAN qui invitait le peuple à se soulever. Ensuite, Francis Wodié de
contester la légalité constitutionnelle du chef de l’Etat et par conséquent de
suggérer l’élaboration d’une nouvelle constitution. Egalement, nous avons
assisté aux différentes prises de positions du FPI exigeant une revendication de
départ concernant le désarmement des Forces Nouvelles. Et par la suite, les
ex-rebelles qui menacent de suspendre leur participation à l’accord de paix de
Ouagadougou si des élections cette année n’étaient pas organisées. Entre une
guerre de positionnement et des questions de stratégies politiques, ce sont des
millions de populations qui sont prises en otage dans cet imbroglio politique.
Entre le
TPI, l’avenir social des troupes, les pressions internationales, la
paupérisation culminante aussi bien en zones FN que gouvernementales, le
problème de leadership au sein de la rébellion, les pressions sociales et
l’indifférence du parti au pouvoir, les Forces nouvelles semblent avoir choisi
de passer à la vitesse supérieure. Ce choix qui n’est pas spontané révèle aussi
une harmonie de couleur entre ce mouvement ex-rebelle et le RDR de l’ancien
premier ministre Alassane OUATTARA.
Cette stratégie que
nous observions depuis plusieurs moments se confirme aujourd’hui. Et mieux
encore, de l’avis de nombreux observateurs, que ce soit du côté de la France, du
Burkina Faso, des Forces Nouvelles et de l’opposition civile ivoirienne, la mise
en minorité du parti au pouvoir à l’issue d’élections démocratiques demeure une
priorité qui satisfasse tout le monde. Cette option qui est prise au sérieux par
les différentes parties n’est pas méconnue du FPI qui n’a aucune intention
d’abdiquer. En effet, l’un des objectifs visés par cette stratégie politique a
d’ abord été d’avoir un avantage sociologique de la population électorale. Sur
des bases ethniques et géographiques de participation de militants ou
sympathisants de l’opposition aussi bien aux audiences foraines qu’à l’opération
d’identification et recensement électoral en cours en passant par la
réhabilitation des registres d’Etat-civils, les différents états-majors des
partis de l’opposition pensent avoir l’avancée du terrain. Aussi, faisant suite
aux différents appels de la communauté internationale qui réclame hic et nunc
une date pour des élections cette année, le patron des républicains annonçait,
ces jours-ci des élections pour 2009. A sa suite, ce sont les Forces Nouvelles
qui menaçaient de suspendre leur participation à l’Accord Politique de
Ouagadougou si des élections n’étaient pas organisées cette année. Un projet de
décret de la CEI est même sur la table du Chef de l’Etat qui fait une
proposition de date pour des élections en Octobre 2009. On annonce également
l’acquisition de 25000 urnes et de 50000 isoloirs. Dans cette dynamique annoncée
d’élection très prochaine point n’est besoin de s’interroger sur les
perspectives d’un bras de fer annoncé.
En effet, le FPI qui a opté
pour un sabotage depuis le début de ces différentes opérations semble aussi
s’inquiéter de cette situation. Et qui explique, ses dernières semaines, ses
différentes prises de positions en vue d’un désarmement effectif et total des
Forces Nouvelles avant les élections. Autrement dit, même si techniquement
certains estiment être en mesure d’organiser les élections présidentielles, tant
que le désarmement ne sera pas effectif, point d’élection. Dans ce contexte qui
annonce des orages certains, nous nous interrogeons également sur quoi comptent
les différents blocs pour radicaliser subitement leur position.
De toute
évidence, l’accord politique de Ouagadougou, qui en amont, au niveau de l’organe
exécutif, donne des airs d’espérance, connaitra à coup sûr des moments
difficiles. Car aucun des signataires ne s’est inscrit dans une logique d’échec
électoral. Au-delà des actions de bonnes intentions, les parties en conflit ne
semblent pas avoir réellement abandonné le schéma de l’affrontement armé. Même
s’il est difficile d’envisager un conflit à grande échelle, nous ne saurions
totalement écarter des échanges armés mêmes jugés mineurs. Mais bien avant cette
dernière option, il est clair que le FPI dispose encore de certaines cartes pour
retarder le processus électoral. Du point de vue institutionnel le président
Gbagbo et son clan disposent de nombreux jokers. D’abord, le dernier mot
appartient au chef de l’Etat. C’est lui qui signe les décrets et valide les
différentes décisions. C’est un privilège exclusif qu’il n’a jamais voulu
négocier avec qui ce soit. Ensuite le processus électoral est loin d’être
achevé. Il faudra passer le capte des retardataires ensuite des contestations
éventuelles, des réclamations et des corrections. Tout ceci peut prendre du
temps. Et certains intervenants tels que l’INS (Institut National de la
Statistique) et l’ONI (Office National de l’Identification) ont encore leur part
à jouer. D’autant plus quelles sont sous l’influence du parti au pouvoir.

Les
Forces nouvelles et le RDR qui ont choisi de centraliser la pression de la
communauté internationale sur le FPI espèrent, par anticipation, pouvoir forcer
la main à ce dernier dans sa tentative de tout mettre en œuvre pour retarder le
processus électoral. Sur ce, Gbagbo et son clan qui ont su jouer avec les
faiblesses de la communauté internationale affichent une certaine sérénité pour
l’heure tout en restant sur leurs gardes.
Le manque de confiance arrive
toujours à prendre le dessus sur les différents accords politiques de
Ouagadougou. Et les cosignataires semblent avoir du mal à faire passer certaines
décisions au niveau de la base qui ne croit en réalité pas à la bonne foi de
leurs adversaires. Et qui de plus en plus réclame des gages pour une grande
assurance. Et quand du côté des ex-rebelles le désarmement ne doit être envisagé
qu’après les élections, le parti au pouvoir ne veut croire à l’éventualité
d’élections sans une maitrise totale de l’ensemble du territoire ivoirien. Et
c’est même l’affirmation de cette dépossession partielle du territoire qui
explique la présence jugée constitutionnelle du chef de l’Etat à la tête de la
république.
Dans ce
contexte de ni paix ni guerre qui semble seulement défavoriser une population
très appauvrie dans sa majorité, les parties signataires de l’APO semblent
toutefois s’accepter et se tolérer dans une logique de co-pillages des
ressources de l’Etat avec en face une population qui ne demande que l’on
s’intéresse à son développement et à son épanouissement…
Zié Koné
Le Latéral info,
Abidjan
konez@lateralinfo.net