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Faits divers
Nous sommes au début du mois de Ramadan (Septembre 2008). Par un pur «hasard», M. D. Coulibaly fit la connaissance d’un célèbre marabout répondant au nom de Mohamed Cissé (ne pas confondre avec Mohamed Infa Cissé de Konan malgré la ressemblance des noms et de leur physionomie- voir photo). Ce dernier lui promit beaucoup d’argent soit la rondelette somme de 99 milliards F CFA (vous avez bien lu : 99 milliards F CFA !). Un montant colossal certes, aux yeux des humains, mais insignifiant pour les Djinns que côtoient notre illustre marabout. Afin de rentrer en possession de cette manne, M. Coulibaly devrait au préalable s’acquitter de certaines obligations et rites : payer d’abord une caisse devant contenir l’argent promis, de l’encens d’origine surnaturel, une bague spéciale, des tissus basins, un bélier blanc destiné à être sacrifié, de l’argent liquide …, et encore, et encore. Après s’être acquitté de toutes ces obligations à hauteur d’environ une dizaine de millions F CFA, et toujours sur les exhortations du grand marabout, M. Coulibaly fut appelé à rencontrer la diablesse, celle qui détient la clef de la caverne d’Ali Baba. Elle arrive C’est au niveau de la chaussée submergée de Sotuba (babili-koroni), tard dans la nuit, que le rendez-vous avec le succube fut calé. Le marabout s’empressa de conseiller son client : pour rien au monde, il ne devrait prendre peur à la vue de la diablesse malgré la frayeur qu’elle inspire. Notre homme était prêt. Fin prêt ! Quelques heures plus tard en effet, sortit des ténèbres et d’entre les rochers, un mystérieux être, tout de blanc couvert et traînant une chaîne en or. Elle avait tout l’air d’une femme, mais quelle femme ! Elle crachait du feu et faisait entrechoquer les chaînes dans un cliquetis émanant tout droit des profondeurs de l’enfer... Surtout, ne pas paniquer ! Garder son calme ! Monsieur Coulibaly y parvint au prix d’un effort surhumain. Seule la sueur froide qui coulait le long de sa colonne vertébrale trahissait la peur qui nouait ses entrailles. Il teint bon cependant. 99 milliards F CFA valaient bien cet effort. La diablesse s’approcha. On eut dit qu’elle flottait dans l’éther. Elle tourna plusieurs fois autour de l’homme, le reniflant comme une bête, l’auscultant du pied à la tête et finit par lui demander si tout allait bien en ce bas monde. Elle se présenta ensuite comme la diablesse des Abysses venue répondre aux sollicitations du Grand marabout. Elle donna son accord pour faire apparaître la fortune promise. Restait cependant une dernière chose: afin de mériter ce bonheur, ils devraient au préalable avoir une intimité ensemble, toute chose qui permettra à M. Coulibaly, lui et personne d’autre, de pouvoir jouir de l’argent. Le reste serait ensuite une question de temps. Il n’avait qu’à rester dans son lit et voir pleuvoir les billets de banque escomptés. Ainsi dit, ainsi fait ! Satisfait de l’opération et confiant en la promesse faite par la diablesse, M Coulibaly se rendit à son domicile et attendit. Il attendit, attendit, attendit encore ! Mais rien ne tombait du ciel. Il failli même démonter le toit de sa chambre par peur que les billets de banque ne restent bloqués là. Impatient, il appela finalement le marabout. Ce dernier le rassura : «les diablesses ne mentent jamais ! Elles tiennent toujours promesse. Suffisait de patienter ! ». C’était le même refrain chaque fois que Monsieur montrait son impatience. Et chaque fois, notre marabout profitait pour lui soutirer quelques centaines de milliers de francs CFA, question d’entreprendre d’autres rituels afin d’accélérer le processus. Notre homme, dira-t-on, à bon escient, devait être riche afin de pouvoir effectuer autant d’investissements. Sans être Bill Gates en effet, M Coulibaly s’en sortait bien jusque là. Il est commerçant, vendeur de motos, une activité qui rapporte bien. Afin de subvenir aux dépenses à lui imposées par le Marabout, il vendit à vil prix toutes les motos de son parking et même un lot à usage d’habitation, s’endetta auprès des amis. Finalement à court de liquidité, il sollicita le concours de son frère aîné, lui aussi opérateur économique de son Etat. Mais ses requêtes croissantes et perpétuelles finissent par exacerber ce dernier qui lui demanda comptes. Que faisait-il de tout cet argent ? Qu’a-t-il fait du montant issu de la vente des motos de son parking ? M Coulibaly s’abstint de dire mot du marabout et de la diablesse. Son silence ne fit que renforcer le doute affreux qui tenaillait le frère. Et surtout qu’il avait entendu une rocambolesque histoire d’escroquerie et dont les présumés auteurs ont été interpellés en début de semaine dernière, par l’Inspecteur Principal Papa Mambi Keïta surnommé l’Epervier du Mandé. Il insista alors que le frère le suive jusque dans la Brigade de Recherches de ce commissariat. Nous sommes samedi 1er Novembre 2008. Un mois s’était écoulé. Chez l’Epervier du Mandé Fallait-il tout avouer au policier au risque d’effaroucher la diablesse ou nier dans l’espoir que l’argent tombera effectivement du ciel, peut-être, ce soir ? Le dilemme était profond chez M. Coulibaly. Mais notre Inspecteur Principal parvint vite à le mettre en confiance. Il parla. Et c’est séance tenante que son frère apprit l’incroyable histoire. Il s’empressa de demander s’il n’y avait pas un Keïta dans les parages. Hélas, il y avait plusieurs. Ceux-ci rebaptisèrent immédiatement M Coulibaly, l’«Amant de la diablesse». La honte était désormais consommée. Maintenant, comment mettre la main sur l’escroc et ses complices ? L’Epervier du Mandé, désormais habitué à ce genre de frasques, invita la victime à appeler le marabout afin de lui remettre de l’argent nécessaire afin d’accélérer «le travail» de la diablesse. Ce stratagème collait bien dans la mesure où le marabout avait une demande similaire en instance auprès de sa victime. Le rendez-vous fut pris à 20 H à l’endroit habituel, quelque part à Dialakorobougou. M Coulibaly devait déposer l’argent dans un endroit discret et s’en aller. Les diables se chargeront de l’apporter au Marabout chez lui. Mais à la place des diables, c’est un individu suspect qui, quelques heures plus tard, s’approcha délicatement du paquet. Ce que notre drôle de diable ignorait, c’est que depuis 19 H, l’Inspecteur Principal avait disposé cinq éléments dans les environs immédiats de l’emplacement du butin. Pendant deux heures d’horloge, ils restèrent immobiles, guettant le moindre mouvement des rares passants. C’est finalement aux environs de 21 H qu’apparu finalement «le diable». Il fit semblant de chercher un endroit pour se soulager, mais avançait toujours de quelques pas vers l’emplacement du paquet tout en scrutant autour de lui. Il ne voyait personne. Mais c’est quand il voulut s’accaparer du butin, que surgirent de nulle part cinq policiers armés. C’est ce qu’on appelle être pris la main dans le sac. Le suspect avoua alors n’être qu’un envoyé. Son patron se trouverait quelque part à Magnambougou. Direction Magnambougou! Les policiers arrivèrent à temps pour apercevoir le suspect en compagnie d’un autre complice en voiture, entrain de quitter la villa indiquée comme leur repère. Ils parvinrent à leur barrer la route et à les interpeller. Conduits au Commissariat, ils avouèrent tout. Ils ont monté la ruse pour escroquer leur victime. Et c’est seulement à cet instant précis, que Monsieur Coulibaly descendit sur terre. Plus on monte, plus dure sera la chute, dit-on ! Et la diablesse ? Le marabout affirma ne pas la connaître personnellement. C’est par l’intermédiaire d’un autre ami qu’il avait fait sa connaissance et lui a demandé des services payants. Elle disparut une fois le marché exécuté. Les affaires étant les affaires… Quand l’«amant de la diablesse», il a enfin réalisé avoir été le dindon d’une grande farce lui ayant coûté la bagatelle d’un peu moins de dix millions F CFA. A-t-il été drogué pour perdre ainsi notion de toute réalité ? Il importe, en tout état de cause, aux usagers de prendre leurs distances par rapport à ces individus qui ont plus d’un tour dans leur sac.
Source : Aurore
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