Religion
Le
porte-parole du pape se confie

Intégristes,
Shoah, préservatif: Federico Lombardi, l'homme de confiance de Benoît XVI,
répond enfin aux critiques visant le pape, aiu moment des célébrations de la
fête de Pâques. Nous publions cette interview exclusive dans son
intégralitéorte-parole du pape et directeur de Radio Vatican, le père Federico
Lombardi a succédé en juillet 2006 à Joaquin Navarro-Valls, qui fut pendant
plus de vingt ans le grand communicant de Jean-Paul II. Du dossier des
intégristes à la Shoah, de l'avortement au préservatif, ce jésuite de 66 ans a
accepté en exclusivité de revenir de façon très pédagogique sur les grands
sujets qui, depuis deux mois, sèment le trouble.
Quel est le sens de la fête de Pâques ?
Federico Lombardi.
Pâques, c’est évidemment l’annonce de la mort et de la résurrection du Christ
pour le salut et l’espérance de l’humanité. C’est le message fondamental qui
ne doit être ni oublié ni voilé. Maintenant en Italie on vit l’expérience
terrible du tremblement de terre. Le Pape a tout de suite manifesté sa douleur
et sa volonté de se rendre sur place aussitôt que possible. On a vécu le
Vendredi Saint en union avec les souffrants et on veut les aider à retrouver
l’espérance.
A
propos de la levée de l'excommunication des évêques intégristes, Mgr André
Vingt-Trois, cardinal archevêque de Paris, a évoqué la semaine dernière les
«dysfonctionnements évidents du Vatican». Quels sont ces dysfonctionnements ?
Le pape a écrit une lettre à tous les évêques, et a procédé avec une extrême
sincérité, à l’examen de ce qui n’avait pas bien fonctionné à lors de la levée
de l’excommunication des évêques fidèles à Mgr Lefebvre. Il nous a donné un
exemple d’humilité en réagissant ainsi aux tensions dans l’Eglise. Si nous
étions tous capables de suivre son exemple, nous ferions de nombreux pas en
avant, et pas uniquement au Vatican.
Si
le pape n'était pas informé des déclarations négationnistes de l'un de ces
évêques, Mgr Richard Williamson, pourquoi le cardinal chargé des négociations
avec les intégristes, ne l'a-t-il pas prévenu ?
Après le passage de l’interview de Williamson à la télévision suédoise, il
semblait que tout le monde devait être au courant de ses idées. Ce n’est pas
vrai. Et une recherche sur Google n’aurait pas suffi. Tenons compte de deux
choses : les échanges avaient lieu avec le supérieur de la fraternité Saint
Pie X (NDLR: qui regroupe les intégristes lefebvristes), c’est à dire Mgr
Fellay, et pas Williamson. Quant à l’excommunication, elle concernait une
décision disciplinaire vieille de 20 ans, suite à une ordination faite par Mgr
Lefebvre contre la volonté du Pape, et ne portait pas sur les idées des
évêques ordonnés.
Ne
s'agit-il pas aussi, d'un problème de communication ?
Nous pouvons progresser dans le domaine de la communication, utiliser un
langage accessible pour expliquer notre message. Si celui-ci est repris
partiellement ou altéré, personne ne pourra le comprendre. Aujourd’hui la
communication rencontre de sérieux problèmes, elle a beaucoup changé ces
dernières années : elle est en ligne 24heures/24, et il existe d’innombrables
sites et blogs dont la crédibilité est invérifiable. Des énormités se disent
en un éclair.
La
main tendue aux intégristes ne risque-t-telle pas d'aboutir à une remise en
cause du concile Vatican II (liberté religieuse, dialogue avec les autres
religions...) ?
Beaucoup ont manifesté cette crainte, mais le Pape a très clairement dit que
ce n’était pas son intention. Dans sa lettre, Benoit XVI écrit : «On ne peut
pas congeler l’autorité magistérielle de l’Eglise en 1962 (NDLR: avant le
Concile Vatican II), ceci doit être bien clair à la Fraternité saint Pie X».
La
levée de l'excommunication des quatre évêques intégristes est maintenue mais
Mgr Richard Williamson qui nie la Shoah, a-t-il sa place dans l'Eglise
catholique ?
L’Eglise et le Pape condamnent la Shoah, il n’y a aucun doute là-dessus. Sur
le cas Williamson, la note du 4 février de la Secrétairerie d’Etat affirme que
« pour une admission à des fonctions épiscopales dans l’Eglise, (il) devra
prendre ses distances publiquement et sans équivoque avec ses propos
concernant la Shoah ». Pour ma part, la Shoah constitue pour la conscience
contemporaine la plus évidente manifestation du mal au monde.
L'excommunication de la mère de la fillette brésilienne
de 9 ans qui a avorté après avoir été violée par son beau-père, a
choqué beaucoup de gens...
Sur ce cas dramatique, j’ai été surpris par la virulence des réactions en
Europe de la part de personnes mal informées. Je pense que l’excommunication
est un mot difficile à comprendre qui crée la confusion. C’est pourquoi, comme
l'a dit l’Osservatore Romano (NDLR: le journal du Vatican), il ne fallait pas
insister sur l’excommunication. Quant à l’avortement, l’Eglise, consciente
qu’elle va à contre-courant, y est oppposée depuis toujours, car elle
considère que c’est la mort d’un être innocent. Son devoir est de promouvoir
la vie à naître pour le bien de l’humanité. Naturellement, le jugement moral
sur des cas spécifiques dépend aussi des circonstances, mais l’Eglise continue
à dire que l’avortement est un grave attentat à la vie, alors que la société a
tendance à le considérer avec indifférence.
Benoit XVI a-t-il eu tort de condamner l'usage du préservatif dans dans
l'avion qui l'emmenait en Afrique ?
Présent, j’ai très bien entendu la réponse du Pape. J’ai compris que le verbe
«aggraver» pouvait faire l’objet de discussions, mais le sens de ses propos
était clair. Il n’était pas en train de faire un traité sur la lutte contre le
sida. Il répondait en quelques mots à une question, en plein vol, face à 70
personnes massées devant lui. La question reprochait à l’Eglise l’inefficacité
de son engagement contre le sida. L’engagement de l’Eglise est principalement
d’ordre éducatif, pour une sexualité responsable (abstinence et fidélité entre
époux), l’assistance humaine et spirituelle des malades, et la gratuité des
soins médicaux, demandée par le Pape au Cameroun.
Vous ne répondez pas sur le préservatif...
Beaucoup mettent l’accent principalement sur le préservatif comme solution
«efficace» au problème. C’est cela que conteste le pape, estimant qu’on ne
soutient pas ainsi la responsabilité personnelle, première clé de la solution.
Je pense qu’il a tous les droits de le dire. Il s’agit d’une affirmation tout
à fait raisonnable. Du reste, les recherches confirment que la mesure la plus
efficace est la promotion de l’abstinence et de la fidélité, tandis que le
préservatif n’est pas primordial. Maintenant, face à des rapports considérés
comme inévitables et à haut risque, accepter ou non l’usage du préservatif
comme solution de repli,c’est une autre question, à ne pas mélanger avec les
lignes prioritaires exprimées par le Pape.
«Ce pape commence à poser un vrai problème», a affirmé l'ancien premier
ministre Alain Juppé, à propos de ces déclarations de Benoît XVI. Que vous
inspire cette déclaration ?
Il
me semble plutôt que ce sont ces déclarations qui posent un vrai problème. Si
des personnes qui ont eu, ou ont un rôle important dans la société,
interviennent, mal informées sur le pape, sur ce qu’il dit ou fait, cela
signifie qu’elles ne se rendent pas compte de son autorité morale dans le
monde contemporain. Il faut être très attentif à ne pas démolir l’autorité de
l’Eglise dans le cœur des gens. Le risque, c’est de laisser un grand vide.
On
dit beaucoup de Benoît XVI qu'il est isolé, loin des réalites quotidiennes.
Qu'en est-il ?
Le pape n’est ni seul ni isolé, et s’intéresse à ce qui se passe dans le
monde. Il regarde les informations à la télé, lit les journaux, reçoit chaque
matin une revue de presse, accorde une attention particulière aux nombreuses
personnes du monde entier qu'il rencontre. Cela occupe une bonne partie de ses
journées. Et peut-être que ce n’est pas si mal de ne pas trop dépendre des
médias !
Ne
craignez-vous pas que les catholiques déboussolés par les polémiques de ce
début d'année, prennent encore plus leurs distances avec l'Eglise qui
risquerait, selon la formule du théologien Hans Kung, de «devenir une secte» ?
Les catholiques doivent vivre leur vie de chrétien chaque jour, s’appuyant sur
l’Evangile, leur relation à Dieu, et témoigner de leur foi dans une charité
active. Les homélies du Pape, ses catéchèses, sont d’une immense richesse pour
la formation spirituelle et culturelle des chrétiens. Le chrétien est souvent
en porte à faux par rapport à la «culture du temps» traversée par le
matérialisme, l’individualisme et l’hédonisme. Il ne doit pas s’en surprendre.
Cela signifie que nous ne devons pas perdre notre identité chrétienne fondée
sur l’Evangile.
Le Parisien