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Un leader spirituel fou de foot
Burkina-Faso, Ouagadougou. Chaque vendredi, à 7h du matin, et ce depuis le onzième siècle, se déroule la « cérémonie du faux départ » au sein du palais de l’empereur des Mossi (l’ethnie majoritaire du pays), Sa Majesté le Moro Naaba Baogho. Aux côtés de Moïse Traoré, ancien président de l’Etoile Filante de Ouagadougou (E.F.O), nous assistons au rituel séculaire dont la signification complexe ne sera pas détaillée présentement. Quel rapport existe t-il entre cette diablerie remplie d’air qu’est le ballon rond et le chef suprême des Mossi ? C’est en fait un lien puissant qui relie le football à Sa Majesté. En effet, ancien gardien de but et par conséquent plongé dans le foot depuis sa prime jeunesse, le chef spirituel des Mossi demeure un inconditionnel du football. Et ce matin, le leader de la plus importante communauté Burkinabé accorde une audience aux distingués membres de l’association MaisVousEtesFoot. Ce personnage extrêmement respecté dans le « pays des hommes intègres » possède, à l’instar des rois et des reines, un véritable rôle de médiateur entre l’Etat et la population. Sa visite constitue, en général, la première étape d’un chef d’Etat en déplacement au Burkina. Le rencontrer se révèle donc un véritable privilège quand on sait les sollicitations permanentes que cette personnalité connaît quotidiennement. Suite à la cérémonie hebdomadaire, le Moro Naaba nous reçoit dans une ambiance très solennelle. Trônant sur un large siège et entouré par ses jeunes serviteurs, l’empereur nous fait face et accepte une question de notre part : « Quelles sont, pour vous, les valeurs véhiculées par le football ? ». Son interprète et bras droit traduit (avec un volume sonore très réduit) la question en Mooré, langue des Mossi. Sa Majesté parle alors de corrélation entre un esprit sain et un corps sain, de cohésion sociale et de respect de l’autre. On ne peut qu’acquiescer à cette réponse. Aussi, il nous propose alors de visiter en sa compagnie son musée du sport personnel : encore un beau privilège ! Et quel musée ! La petitesse de la salle rend encore plus impressionnante la concentration de trésors qui se trouvent ici. Au mur sont affichées de nombreuses photos du Moro Naaba aux côtés de grands noms du football africain tels que Samuel Eto’o et Roger Milla. Il nous est également possible de froisser les maillots signés de la main de Didier Drogba, Samuel Eto’o ou encore Laurent Blanc. Nous contemplons la paire de gants, rangée dans son écrin, signée par Gianluigi Buffon et admirons la somptueuse collection de ballons du monde entier : Bayern de Munich, Juventus de Turin, CAN 2008, France 98, avec la tête des joueurs (on avait presque oublié les cheveux de Titi à l’époque) La boxe, le judo et le cyclisme se trouvent aussi eu rendez-vous avec notamment le maillot signé de Richard Virenque et d’autres professionnels de la petite reine. Enfin, il y a également des clichés de Sa Majesté dans son rôle de gardien de but. On le voit bondir à l’intérieur de ses cages ou simplement posant dans son rôle de portier un ballon à la main. L’espace, limité pour accueillir ces différents trophées, va bientôt s’agrandir. En effet, un musée privé plus grand se construit à l’intérieur même du palais du chef suprême. Son ouverture est prévue en fin d’année. Le contraste est saisissant entre le Mogho Naaba à nos côtés, vêtu de la tunique et du chapeau impériaux, et le joueur de football des photographies, habillé dans une tenue impersonnelle digne d’un gardien de DH. Sa Majesté se trouve, dans cette dernière position, comme n’importe quel citoyen. Cette réflexion constitue, peut-être, une des raisons ayant amené le Mogho Naaba à stopper la pratique du football. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’il existe une incompatibilité entre les risques physiques potentiels encourus avec le football et la fonction suprême. L’empereur des Mossé a donc été contraint, pour cette raison, de mettre au banc ses gants de portier. La décision de stopper net son sport favori n’a semble-t-il pas été évidente à accepter. Cependant, au lieu de jouer au football, Sa Majesté utilise maintenant ce sport comme parabole à la vie. En témoigne ce poème « Le sport », dont l’empereur est l’auteur. Morceaux choisis :
« Sport de
maintien, Individuel, collectif, tu donnes la santé, physique, mentale. Après avoir lu à haute voix les écrits du chef des Mossi et placé notre carte de visite dans son livre d’or, Sa Majesté nous remercie de la visite avec son visage rieur, respirant la sympathie. En partant, nous observons sa silhouette aller à la rencontre des personnes démunies, venues dans son palais demander de l’aide ou parfois juste un peu de reconnaissance. Retour à la réalité. En tous cas, le temps d’une matinée, le Moro Naaba nous aura offert quelques instants de rêve à travers la mise en scène du « faux départ », l’ambiance qui entoure Sa Majesté et, surtout, les trésors renfermés dans son riche musée. Une matinée qui, finalement, nous a semblé un peu irréelle. Associer le football à la spiritualité ne figurait pas dans notre démarche. Mais quelle chance d’avoir pu le réaliser et d’avoir échangé sur le sport roi avec Sa Majesté. Vive le football ! Et vive le sport à travers lequel, outre le côté physique, la grandeur de l’âme peut aussi s’élever. Football365
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