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Sport

Football

Quel avenir pour la Premier League ?


La saison 2008-2009 est sur le point de s’achever, avec une nouvelle fois pour constat la domination du championnat anglais sur le Vieux continent. Voilà maintenant plusieurs années que le championnat outre-manche s’affirme comme LA référence en termes de foot divertissement. Cette année la plupart des journalistes annonçaient un retour en force de la Série A italienne, il n’en a rien été. Avec un championnat déjà plié depuis plusieurs journées et la disqualification des équipes transalpines dès les huitièmes de finale la Champions, le football italien déchante. Les seules lueurs nous sont en réalité venues de l’autre côté des Pyrénées, avec le jeu somptueux proposé par le FC Barcelone, qui a lui seul à redonner intérêt à tout un championnat. Barcelone est d’ailleurs la seule équipe à remettre en cause l’hégémonie anglaise sur la scène européenne, même si elle a énormément souffert contre Chelsea, et risque à nouveau de souffrir contre Manchester United le 27 mai au Stadio Olimpico de Rome.
Avec la présence des plus grands joueurs mondiaux, des records d’audience et une nouvelle fois de quatre équipes en demi-finale de la Champions League,la Premier League semble ne pas connaître la crise. Mais le fait est là: la majorité des clubs anglais, et particulièrement ceux du Big Four, sont énormément endettés. Cela atteint de tels seuils que certains économistes anticipent des dépôts de bilan. Comment en es-t’on arrivait jusque là et comment cela risque de se terminer? Voici mes tentatives de réponse.
La transformation brutale du championnat anglais
Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps le championnat anglais s’appelé encore la First division. Se basant sur un soutien (très) populaire indéfectible, les clubs anglais alors majoritairement composés de joueurs britanniques cherchaient à imposer leur fighting spirit sur le continent. C’était la période de gloire des clubs comme Liverpool ou encore Nottingham Forest. Oui mais voilà le football briton va vite entrer en crise. En cette fin des années 80, la plupart des stades sont dans un état lamentable et doivent faire face au problème du hooliganisme et des fléaux qu’il induit: racisme et violence. Une violence qui atteint son apogée avec la tragédie du Heysel. En 1985, lors de la finale de la Coupe d’Europe qui oppose la Juventus de Turin à Liverpool, un mur du stade s’effondre sous la pression exercée par des supporters des Reds, et provoque la mort de 39 personnes. Après cette tragédie l’UEFA bannira les équipes anglaises des compétitions européennes pendant cinq ans. En 1989 survient le drame de Hillsborough, ou lors d’un match entre Liverpool et Nothingham Forest, 96 supporters trouveront la mort dans l’effondrement d’une des tribunes du stade vétuste. Dès lors, les dirigeants anglais le savent, le football anglais doit amorcer un nouveau cycle. Pour retrouver son lustre d’antan et lutter contre la suprématie de la Série A, il lui faut des stades dignes de ce nom et assainir son football. Le problème, c’est qu’il faut de l’argent, beaucoup d’argent.
L’essor de la Premier League: de l’arrêt Bosman au «syndrome Abramovitch»
En 1991, la fédération anglaise émet l’idée de créer une nouvelle ligue capable de rapporter plus d’argent et qui redonneraient accès aux compétitions européennes, ce qui attirerait les bons joueurs du monde entier. Le 27 mai 1992, après la démission de la ligue de Football de plusieurs clubs, la Premier League anglaise est créée et enregistrée comme une compagnie privée, indépendante financièrement de la Fédération Anglaise, ce qui va lui permettre de négocier ses propres contrats avec les sponsors ainsi que ses droits télé. Débute alors une nouvelle ère pour le football anglais. Ses clubs redeviennent compétitifs et attrayants, et avec l’arrêt Bosman de 1995, ce sont des joueurs venants des quatre coins de l’Europe qui tentent leur chance sur les pelouses britanniques. Les clubs anglais vont dès lors rattraper leur retard sur les autres championnats européens, avec pour point d’orgue la sublime victoire de Manchester United sur le Bayern de Munich en finale de la Champions League 1999. Mais c’est un homme en particulier qui va faire rentrer le championnat anglais dans l’ère du foot business: Roman Abramovitch. Multimilliardaire russe, il décide en 2003 de reprendre en main un club londonien,Chelsea. A coup de millions de dollars, Abramovitch va faire de ce club de second plan une des références du football européen. En achetant des joueurs comme Drogba, Essien, Cech, Joe Cole, Ballack ou encore Anelka, mais aussi en s’attachant les services d’entraîneurs comme José Mourihno, le magnat russe permet à son club d’acquérir en quelques années un statut que d’autres équipes ont mis des décennies à obtenir. Mais Chelsea n’est pas seul dans sa course à l’argent, Liverpool (Tom Hickes et George Gillett) et Manchester United (Malcolm Glazer) suivent derrière. Aujourd’hui, c’est au tour des petits clubs d’être rachetés par des fonds étrangers et de vouloir devenir plus grand que le bœuf. Dernier exemple en date, le rachat de Manchester City par des pétrodollars d’Abu Dhabi. Le club semble prendre le chemin de Chelsea, avec pas moins de 42 millions £ dépensés pour l’achat de Robinho, et 150 millions proposés pour Kaka.
La domination du championnat anglais
Cette arrivée massive d’argent va faire rentrer la Premier League dans une nouvelle dimension. Tout d’abord parce qu’elle va lui permettre de rénover ces stades (même le stade de Stoke City est beau, en plus d’être doté des dernières technologies). En augmentant le prix des entrées, les clubs se sont certes détachés de leurs supporters les plus «populaires», détruisant ainsi une partie de leur culture, mais ils ont au moins supprimé les problèmes de violence et de racisme, contrairement en Série A ou dans la Liga espagnole. La manne financière dont dispose la plupart des clubs leur permet d’avoir dans leur effectif les joueurs les plus talentueux, en leur proposant des salaires et des conditions de vie exceptionnelles, mais aussi d’importants défis sportifs. C’est pour ces raisons que le championnat anglais peut compter parmi ses stars Drogba, Fernando Torres, Cristiano Ronaldo ou encore Adebayor. Cette nouvelle dimension prise par la Premier League lui permet de négocier des contrats de sponsors et de droits TV exhorbitants, et de permettre à ses meilleures équipes de dominer outrageusement la scène européenne (depuis 2005 il y’a toujours eu un club anglais en finale de la Champions League). Diffusés dans 208 pays, les matchs du championnat anglais sont devenus en quelques années une industrie du spectacle, avec plus de 4 milliards d’euros de droits télés sur la période 2007-2010.

Un renouveau qui risque de coûter très cher.

Faute de ne pas avoir su contrôler de manière saine sa relation avec l’argent, la Premier League risque de voir sa belle mécanique exploser en cours de route. Malgré un chiffre d’affaires estimé à 2,5 milliards d’euros pour la saison 2007-2008 (source: Cabinet Deloitte), elle vit au-dessus de ses moyens. En effet, aussi surréaliste que cela puisse paraître, le championnat anglais repose sur une dette évaluée à 3 milliards d’euro! Cela ajouté à l’effondrement du système bancaire anglais, ça ne lui laisse plus beaucoup de solutions de rechange pour se financer. Par exemple la faillite de la Bear Stearns, d’AIG ou encore de la Nothern Rock menace respectivement l’équilibre financier de Tottenham, Manchester United et Newcastle. Même Abramovitch cherche un repreneur pour Chelsea. Au-delà des aspects financiers, c’est aussi le potentiel du football anglais qui semble partir en déconfiture. L’arrivée massive de joueurs étrangers à bouché les opportunités des joueurs nationaux d’accéder au plus haut niveau. Si cela ne semble pas poser de problème majeur à l’heure actuelle (et encore, la Perfide Albion n’est pas parvenue à se qualifier pour l’Euro 2008), c’est pour les prochaines générations que l’on s’inquiète le plus. Fait rarissime, Arsenal est devenue le premier club à n’aligner aucuns joueurs nationaux dans l’équipe de départ. Face à la crise, comment réagisse les instances officielles? Michel Platini, Président de l’UEFA et grand nostalgique de l’époque pré foot business, se frotte les mains et surenchérit en menaçant d’exclure des compétitions européennes les clubs qui tarderaient à assainir leurs finances.

Une revanche pour la Ligue 1?

Bien qu’essentiellement présente en Angleterre, la crise financière touche également certains clubs italiens, espagnols et même allemands. Alors quid de la France? Seul Lyon, qui sous la main du Président Aulas s’est transformée enune véritable entreprise, semble accuser des pertes importantes avec notamment la chute de ses actions en Bourse. Résultat: Lyon s’est déclaré à un moment vendeur pour Benzema, et le projet d’OL Land n’avance pas. Mis à part ça, les clubs français peuvent se targuer d’une certaine bonne santé financière, grâce au contrôle de la DNGC, que l’on accusée pourtant d’être responsable du retard du football français. Mais son contrôlea permis aux clubs de Ligue 1 d’avoir une bonne maîtrise des finances et un bon seuil de rentabilité. Le problème c’est qu’au niveau européen ces deux conditions ne sont pas forcément requises pour l’ensemble des clubsde football, leur laissant libre cours aux dépenses excessives. Plusieurs projets de lois ont été rédigés dans ce sens, mais ont du faire face aux refus des ministre de certains pays membres de l’Union Européenne, dont bien évidemment l’Angleterre ou encore l’Italie. Mais si une telle loi pouvait être adopté dans le règlement de l’UEFA, cela changerait grandement la donne. Les clubs hypers endettés devraient alors combler leurs déficits dans l’urgence et l’assainissement du monde du football permettrait aux clubs français de revenir sur le devant de la scène. A débattre... Quoi qu’il en soit, il est grand temps pour le football anglais de revenir à des bases plus modestes, sous peine de se prendre un violent coup dans la figure d’ici quelques années. Viendra un moment ou les grands clubs du pays ne pourront plus compter uniquement sur leur potentiel économique, et devront présenter davantage de garanties s’ils souhaitent développer de nouveaux partenariats avec les sponsors et les médias, leurs principales sources de financement.


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