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Nage synchronisée
Un rêve aquatique réservé aux femmes
Pour pratiquer son sport favori, Niklas Stoepel doit se raser les jambes, porter un maillot de bain à paillettes - et supporter les moqueries de ses camarades de classe, qui l'affublent de toutes sortes de sobriquets. Peu importe : ce garçon de 17 ans est l'un des champions allemands de natation synchronisée. Il a remporté haut la main une ribambelle de trophées nationaux dans cette discipline qui, à son grand regret, demeure presque exclusivement l'apanage des femmes. Son rêve ? Faire partie de l'équipe allemande de natation synchronisée lors des Jeux olympiques de 2012, à Londres. Voilà dix ans que Niklas s'entraîne chaque jour en piscine. Pourtant, il y a peu de chances que son rêve se réalise. Car, lorsqu'il s'agit de compétition internationale, la natation synchronisée est un art exclusivement féminin. Et la Fédération internationale de natation (FINA), l'organe mondial qui encadre cette discipline, refuse de changer quoi que ce soit à cette vision du sport, que beaucoup considèrent comme incroyablement rétrograde, pour ne pas dire sexiste. "Je pense que les responsables ne veulent tout simplement pas que des hommes pratiquent cette discipline", confie Niklas. Révolté contre ce qu'il estime être une discrimination à l'encontre des hommes, Niklas a décidé de porter l'affaire sur la place publique dans l'espoir que l'exposition médiatique fasse avancer les choses. Les adeptes de la natation synchronisée comme Niklas portent un pince-nez pour éviter que l'eau ne pénètre par les narines lors des roulades sous l'eau. Pendant les compétitions, généralement vêtus de maillots de bain aux décorations sophistiquées, ils exécutent leurs figures au son de la musique diffusée par des haut-parleurs installés sous l'eau. Parfois même, à la manière d'acteurs, ils ont les yeux maquillés pour souligner la dimension spectaculaire de leur performance. Comme n'importe quel danseur de ballet, Niklas Stoepel considère que sa tenue constitue un accessoire incontournable de son art. Il a débuté la pratique de la natation synchronisée à l'âge de 7 ans, lorsque sa cousine Leona l'a emmené à une séance d'entraînement dans le club de natation de Bochum [dans la Ruhr]. Aujourd'hui, il s'entraîne jusqu'à cinq heures par jour. Il fut un temps où ses camarades de classe se moquaient de lui. Mais à présent, sa ténacité force leur respect. En Allemagne, lors des compétitions nationales auxquelles il est admis, le seul obstacle semble venir des juges. "Beaucoup d'entre eux sont plus exigeants avec moi qu'avec les nageuses, déplore-t-il. C'est injuste. Mais je n'ai pas renoncé à mon rêve de participer un jour à une compétition internationale." La dernière fois que cette injustice a soulevé un tollé, c'était lors des Jeux olympiques de 2000, à Sydney : l'Américain Bill May, qui répondait à toutes les conditions requises, s'est pourtant vu exclu de la compétition. Les responsables mondiaux de la natation semblent bien incapables de fournir une réponse satisfaisante à cette question : pourquoi ce sport n'est-il pas ouvert aux hommes ? Début avril, une nouvelle demande d'éclaircissement a abouti à une manœuvre bureaucratique de la FINA, qui tente de se défausser de sa responsabilité. Pour toute explication, Ulla Lucenius, responsable de la natation synchronisée au sein de la fédération, a en effet rétorqué qu'elle n'avait pas reçu suffisamment de demandes de la part de clubs de natation internationaux pour envisager une modification du règlement. Pour sa part, Peter Purtz, porte-parole de l'Association allemande de natation, déclare que son organisation ne peut pas faire changer les choses. "Ce n'est pas de la discrimination. C'est comme le saut à skis. Pendant des années, cette discipline est restée exclusivement masculine, explique-t-il. Cela ne sert à rien de nous demander pourquoi les hommes ne sont pas admis aux compétitions, c'est à la FINA qu'il faut s'adresser. C'est elle qui décide." Repère Les origines de la natation synchronisée remontent à l'antiquité gréco-romaine, époque à laquelle des hommes ont pour la première fois pratiqué la gymnastique aquatique dans des amphithéâtres dont l'arène était emplie d'eau. La discipline a refait surface à la fin du XIXe siècle, sous le nom de "ballet aquatique". La première compétition connue s'est tenue en 1891, à Berlin. Si à cette date, les adeptes de cette activité étaient majoritairement masculins, la natation synchronisée n'a pas tardé à devenir une activité exclusivement féminine. Pour mémoire, l'année 1907 a été marquée par le spectaculaire ballet sous l'eau exécuté par l'Australienne Annette Kellerman dans un bassin en verre, à New York. En 1934, le terme de "natation synchronisée" désignait le ballet aquatique que réalisait une équipe de nageuses américaines, les Modern Mermaids - les "sirènes modernes". Ce n'est qu'en 1984 que ce sport a été officiellement promulgué au rang de discipline olympique. The Independent
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